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En Bretagne, RTE teste une batterie de stockage pour mieux équilibrer le réseau lors des pics d’électricité renouvelable

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Lu il y a 6 minutes



RTE et Neoen vont tester en Bretagne une grande batterie capable de mieux gérer la tension et la fréquence du réseau français. L’objectif est d’accompagner au mieux l’intégration des énergies renouvelables dans le système électrique.

Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité français RTE et le producteur d’énergies renouvelables français Neoen ont annoncé, mardi 13 janvier, le lancement d’une expérimentation de conversion (ou rétrofit) d’une batterie de grande puissance, visant à la faire évoluer d’un fonctionnement en grid following vers le grid forming, capable de contribuer à stabiliser la tension et la fréquence du réseau électrique.

Aujourd’hui, la quasi-totalité des producteurs renouvelables et des stockages fonctionnent en grid following : leurs onduleurs (le composant qui convertit le courant continu, stocké dans la batterie, en courant alternatif identique à celui du réseau) «suivent» la tension et la fréquence imposées par les machines synchrones du système (centrales nucléaires, à gaz ou hydrauliques). Ils reproduisent ce signal sans pouvoir en créer un propre. «S’ils reçoivent un signal dégradé, ils vont renvoyer un signal dégradé», résume Thibault Prévost, expert stabilité des réseaux chez RTE.

Dans un système où la part d’énergie renouvelable et de stockage augmente, ce fonctionnement peut rendre le réseau plus sensible aux perturbations. Le grid forming, au contraire, permet à un onduleur de fournir lui-même une référence robuste de tension et de fréquence, à la manière d’une machine synchrone virtuelle. «Un grid forming va avoir sa propre fréquence, sa propre phase et sa propre tension, et les faire évoluer lentement pour se resynchroniser avec le réseau», explique Thibault Prévost. Sans dépendre d’une source de référence externe, ce mode de fonctionnement permet de réagir plus efficacement aux perturbations du réseau et d’apporter un effet de stabilisation plus rapide au système.

Entrée en service à l’été 2026

L’expérimentation portera sur la Breizh Big Battery (BBB), une batterie lithium-ion située à Pleyber-Christ, près de Morlaix, dans le Finistère. D’une puissance installée de 92 MW pour une capacité de 183 MWh, elle sera la plus grande de Bretagne. Actuellement en construction, la batterie devrait entrer en service au cours de l’été 2026. L’expérimentation de grid forming débutera au second semestre 2026, pour une durée d’au moins un an. Comme pour toute installation de ce type, la BBB sera d’abord exploitée en grid following, le temps de réaliser les essais initiaux. «Nous allons faire les tests de mise en service ainsi, puis reparamétrer les onduleurs pour passer en grid forming», précise Guillaume Decaen, PDG France de Neoen. Ce rétrofit repose sur une mise à jour du contrôle-commande de l’onduleur. «C’est un code informatique qui définit comment la batterie se comporte vis-à-vis des signaux du réseau», explique Sylvie Perrin, directrice du programme «Tension, protection et stabilité» à la R&D de RTE. L’algorithme est développé conjointement par Neoen et le fournisseur de l’onduleur, RTE se chargeant de vérifier sa conformité aux exigences techniques du réseau.

Avant toute exploitation en grid forming, le comportement de la batterie a fait l’objet de modélisations approfondies. Pour chacun de ces scénarios, la réponse de l’installation doit rester dans une enveloppe prédéfinie, garantissant une contribution suffisante à la stabilité du réseau sans exigence excessive ou contraignante pour la batterie. «Comme c’est la première expérimentation de rétrofit d’un onduleur, nous avons instrumenté le départ sur lequel est raccordée la batterie avec des équipements de mesure beaucoup plus précis que d’habitude», indique Sylvie Perrin.

Un laboratoire pour la stabilité du réseau

Le choix de la Bretagne n’est pas anodin. La région est relativement éloignée des grands centres de production d’électricité qui stabilisent traditionnellement le réseau. Elle compte peu de centrales capables de fournir un signal tension-fréquence fort (qui ne se dégrade pas lors de perturbations du système électrique), ce qui renforce l’intérêt de solutions alternatives. Côté Neoen, ce choix répond aussi à une logique de sécurisation du système. «La Bretagne est historiquement l’une des premières régions concernées en cas de délestage, souligne Guillaume Decaen. L’objectif est d’y apporter une sécurité supplémentaire, en montrant que des équipements électroniques peuvent rendre les mêmes services que des centrales conventionnelles.»

Si des installations grid forming existent déjà à l’étranger, notamment en Australie, où Neoen le met en œuvre depuis plusieurs années, et dans les pays nordiques, il s’agit de la première expérimentation en France portant sur le rétrofit d’une batterie initialement conçue pour fonctionner en grid following. Pour RTE, l’enjeu dépasse ce seul projet. L’objectif est de préparer l’intégration progressive du grid forming dans le système électrique, alors que le futur cadre européen rendra cette fonctionnalité obligatoire pour certaines catégories de producteurs et de stockeurs raccordés au réseau de transport.

De son côté, Neoen entend démontrer le rôle systémique du stockage. «Nous apportons la preuve que nos actifs renouvelables peuvent contribuer au système électrique non seulement en produisant et en stockant l’électricité, mais aussi en fournissant les services essentiels au fonctionnement des réseaux», insiste Guillaume Decaen. Si les résultats sont concluants, cette première française pourrait ouvrir la voie à une généralisation du grid forming sur le réseau de transport.



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