Le groupe Atlantic a officialisé fin 2025 être en négociations exclusives avec le groupe Paloma Rheem en vue d’une prise de participation majoritaire à son capital. Cette opération met fin à plusieurs mois d’incertitudes quant à l’avenir du fabricant de pompes à chaleur et d’équipements de génie climatique, mais soulève d’autres questions. Notamment sur l’emploi.
Faut-il s’attendre à de la casse sociale chez Atlantic ? Le groupe vendéen du génie climatique a annoncé le 22 décembre être entré en négociations exclusives avec le groupe nippo-américain Paloma Rheem pour une prise de participation majoritaire. Après plusieurs mois de rumeurs sur l’avenir de l’industriel français, entretenues par les désaccords entre les familles Lamoure et Radat, ses co-actionnaires, de nouvelles questions émergent. Notamment sur l’impact de l’opération en termes d’emploi.
Soumise à la procédure du contrôle des investissements étrangers en France, l’opération estimée à plus de 3 milliards d’euros par Les Echos est scrutée par Bercy. Le prétendant montre patte blanche. Le groupe «conservera son siège en France et deviendra une entité autonome au sein du groupe Paloma Rheem», assure le cabinet d’avocats Bredin Prat, conseil lors de l’opération. «Une partie des actionnaires familiaux historiques maintiendront leur participation en tant qu’actionnaires minoritaires de Groupe Atlantic», ajoute le cabinet. L’équipe dirigeante actuelle doit rester en place après la prise de participation, qui doit aboutir mi-2026, indique Paloma Rheem Holdings.
Les deux groupes, positionnés sur les mêmes marchés, se connaissaient déjà : ils ont créé une coentreprise dédiée à la production de pompes à chaleur air-eau en 2022. Et le français distribue en France et au Benelux, depuis plus de 30 ans, les équipements de climatisation de Fujitsu General, l’activité génie climatique du groupe japonais Fujitsu… dont le rachat par Paloma Rheem a été annoncé en janvier 2026.
6000 personnes concernées en France
Malgré les déclarations d’intentions, l’opération inquiète les salariés. «Qu’est-ce qui nous dit que l’on va garder nos emplois en France dans trois, cinq, dix ans ?», s’interroge auprès de L’Usine Nouvelle un représentant CGT basé à La Roche-sur-Yon (Vendée). «L’entreprise ne sera plus française, regrette-t-il. Certes, Paloma Rheem serait mieux-disant, par exemple, face à Bosch, mais ils n’ont pas indiqué de garanties par écrit. On veut des garanties.»
Vos indices

Regrettant le manque d’informations et une annonce «expéditive de la vente», il fait part de son inquiétude pour l’emploi sur ce site, le plus gros du groupe, où se situe le siège social et où sont fabriqués ballons d’eau chaude, chauffages, radiateurs et cartes électroniques. Depuis le début de l’année 2024, l’effectif y est déjà passé de 1076 à 936 personnes. En France, 6000 personnes travaillent pour l’entreprise.
La direction, elle, affiche sa confiance. «Paloma Rheem a constamment démontré sa capacité à investir dans les entreprises qu’elle acquiert et à en soutenir la croissance dans la durée en laissant une large autonomie au management opérationnel local», indique dans un communiqué Damien Carroz, le président du directoire du groupe.
Des gammes de produits sur des segments proches
Sur le papier, Atlantic et Paloma Rheem paraissent complémentaires. Le groupe Atlantic compte 12000 personnes et a réalisé 2,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, en baisse de 12,5% sur un an dans un contexte de recul du marché français de la pompe à chaleur, sur lequel il est leader. Son activité principale se répartit entre les chaudières (26% du chiffre d’affaires), les pompes à chaleur (25%), les chauffe-eaux et ballons (24%).
Dans le monde, le groupe compte 31 sites industriels et une quinzaine de marques (Atlantic, Ideal Heating, Thermor, Sauter…) et réalise 45% de son chiffre d’affaires à l’international, sans préciser où.
En 2026, le groupe doit inaugurer une nouvelle usine à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), moyennant 150 millions d’euros d’investissement. Il a des implantations industrielles à Merville (Nord), Billy-Berclau (Pas-de-Calais) qui fonctionnent en synergie, tout comme celles de Saint-Louis (Haut-Rhin) et de Fontaine (Territoire de Belfort) et de Pont-de-Vaux et de Boz, dans l’Ain. D’autres sites sont présents à Meyzieu (Rhône), Orléans (Loiret), Vinay (Isère), Cauroir (Nord), Trappes (Yvelines) et à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Les fonctions commerciales et marketing sont regroupées à Arcueil (Val-de-Marne).
L’essentiel de l’activité de Paloma Rheem se concentre sur le continent américain
Pour sa part, Paloma Rheem Holdings, basé à Tokyo (Japon), emploie 27000 personnes. Avant l’acquisition, annoncée en janvier, de Fujitsu General, il comptait 43 sites de production et 25 centres de recherche et développement, répartis dans 28 pays.
Fin 2024, son chiffre d’affaires s’élevait à environ 1000 milliards de yens, soit 6,25 milliards d’euros, réalisé à 83% sur le continent américain, à 7% au Japon et à 5% en zone Océanie. Ses ventes se répartissaient à 50% dans les équipements d’air conditionné, à 47% dans le chauffage et les pompes à chaleur, et à 3% dans les équipements pour la cuisine.
En dépit de ces profils apparemment complémentaires, le ministre de l’Economie et des Finances, Roland Lescure, a lui aussi appelé à la vigilance, au micro de BFMTV le 22 décembre dernier. «Si on a un investisseur étranger qui vient pour développer Atlantic, préserver l’empreinte industrielle, en faire ce qu’il est déjà, mais en mieux, un des leaders mondiaux de la transition énergétique, je dis bienvenue, a-t-il déclaré. Si c’est pour désosser, couper, casser, prendre l’argent et se tirer, c’est non.» Un avertissement clair.


