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L’avenir des forces blindées lourdes dans la guerre interarmes

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Lu il y a 10 minutes



Suivant les doctrines établies lors de la Seconde Guerre mondiale, le déploiement de forces blindées lourdes, comme les chars de combat principaux (MBT) lors de la guerre du Golfe, a démontré l’utilité de tels équipements. Pourtant, alors que les chars ont fait l’objet de critiques et de prophéties d’extinction depuis leur création, leur utilité est une fois de plus sous le feu des projecteurs en raison de la guerre en Ukraine, où les chars russes se sont révélés vulnérables aux armes modernes.

Nick Reynolds du Royal United Services Institute (RUSI) a rédigé un rapport réfléchi sur la façon dont, une fois de plus, les chars survivront mais devront faire face au changement de paradigme actuel.

Tout le monde se souvient des images de colonnes de chars russes détruites par l’artillerie ukrainienne, prises en embuscade par des équipes ATGM ou touchées par des grenades lancées par des drones. Cela a rapidement conduit à une montée des critiques à l’égard du concept de forces blindées lourdes : dans un environnement de combat quasi transparent où les armes à faible coût ont fait des progrès drastiques ces dernières années, les chars sont-ils toujours d’actualité ? Reynolds s’empresse de souligner que oui, les chars feront partie de l’avenir, car leur force et leur protection leur confèrent un rôle central sur le champ de bataille.

Equipés de technologies défensives, comme les blocs ERA ou de systèmes hard-kill comme l’APS-Gen3 de Rheinmetall, les chars peuvent continuer à résister à certaines menaces, tandis que leur présence sur le terrain peut changer l’issue d’une bataille : s’ils ne sont pas correctement équipés d’un autre CCP ou ATGM, il est difficile pour les forces ennemies d’arrêter de tels équipements lors d’un engagement à courte portée. Ils sont utiles non seulement dans les scénarios de contre-insurrection, comme l’étaient les Leopard 2 canadiens en Afghanistan, mais également dans la guerre entre pairs, car ils nécessitent un équipement spécifique pour être adaptés.

Une augmentation des menaces qui ne sont pas insolubles

Les succès majeurs des ATGM et des frappes de précision doivent être relativisés. En effet, ils ont principalement été utilisés dans des positions défensives dans des contextes spécifiques et sont peu adaptés à l’attaque. L’utilisation des ATGM en attaque est particulièrement critiquée, car ils sont utilisés soit sur des plates-formes blindées légères ou moyennes – qui courent les mêmes risques que les forces plus lourdes –, soit par des équipes d’infanterie débarquées.

Comme l’ont montré les exercices britanniques et américains, le démantèlement des forces ATGM lors d’un assaut coûte très cher en vies humaines, et lorsqu’elles sont en défense, elles sont extrêmement vulnérables lorsqu’elles sont découvertes. Les chars ou les équipements lourdement blindés restent utiles, car ils peuvent maintenir leur élan et ouvrir une brèche.

Reynolds propose un certain nombre de solutions pour faire face aux équipes ATGM, aux drones et aux tirs d’artillerie pris en embuscade. Dans un premier temps, l’engagement moderne devrait se concentrer sur les missions d’anti-reconnaissance, car c’est souvent la transparence du champ de bataille qui conduit à la destruction d’un char lors d’un assaut.

Une contre-reconnaissance, également menée sur les moyens ISTAR (renseignement, surveillance, acquisition et reconnaissance) ennemis, l’aveuglerait. En ce qui concerne les drones, des missions de suppression aérienne devraient être menées avant et pendant l’assaut. Sur le plan opérationnel, cela signifie combiner des forces blindées lourdes avec des systèmes de défense aérienne à courte portée, éventuellement sur des UGV (Unmanned Ground Vehicles), et détruire les équipements de contrôle au sol et les opérateurs nécessaires au pilotage des drones.

Cela signifie également que les chars devront être plus discrets. Cela conduit à un recours accru au camouflage actif et passif, par exemple en gênant ou en accentuant les émissions de chaleur d’un char (le bouclier thermique des T-90 peut parfois interférer avec les ATGM). Les forces blindées moyennes, qui constituent une menace doctrinale pour la survie des CCP, peuvent parfois se substituer aux forces blindées lourdes, mais ont alors besoin d’un appui aérien rapproché ou d’une domination de l’artillerie face aux chars afin d’éviter des pertes massives. Ce modèle est donc viable, mais il implique la certitude que les troupes sur le terrain et en soutien auront une coordination quasi parfaite, ce qui s’est avéré difficile dans le feu de l’action.

Forces blindées lourdes : toujours d’actualité si elles sont correctement modifiées

Le premier point de Reynolds concernant l’avenir des chars de combat est qu’ils devraient être plus légers. Les citernes d’aujourd’hui atteignent le seuil des 70-80 tonnes, ce qui pose des problèmes majeurs : flux logistiques importants, contraintes de transport et mobilité réduite. Pourtant, comme le souligne le rapport, la logistique et les transports sont deux des points faibles du Royaume-Uni et de l’OTAN, tandis que la mobilité est appelée à devenir l’un des critères de survie sur le champ de bataille de demain.

En revanche, la guerre en Ukraine montre que les chars occidentaux, plus lourds que leurs homologues soviétiques, ont un taux de survie plus élevé lorsqu’ils sont touchés. Cela signifie à la fois que leurs équipages sont plus susceptibles de s’échapper sans armes (les équipages expérimentés étant l’un des principaux atouts d’un bataillon de chars) et que les chars eux-mêmes sont plus susceptibles d’être réparables. Ce dernier point est important, car la réparation des unités endommagées est nécessaire pour préserver la masse alors que les forces blindées lourdes se sont révélées peu fiables sur le terrain : après 20 jours d’opérations, des recherches menées en Union soviétique ont montré que 82 % des unités devaient être réparées. Cela conduit à trois points d’amélioration :

  • la nécessité de concevoir la prochaine génération d’équipements blindés lourds en mettant l’accent sur la réparabilité et la simplicité mécanique
  • la nécessité d’une meilleure formation des équipages à la réparation de leurs équipements, afin que de petites tâches puissent être réalisées sur le terrain sans rendre le char indisponible
  • la nécessité de penser la réparabilité aussi bien en amont, avec la maintenance prédictive, qu’en aval, en créant des stocks de pièces détachées et en implantant des ateliers de réparation au plus près du champ de bataille, afin de réduire les temps de transport.

Ce dernier point, avec une artillerie moderne, des missiles et des drones permettant des frappes plus profondes en territoire ennemi, devra se traduire en pratique par la dissémination de petites unités de réparation au lieu d’une usine centralisée.

Tous ces points sont loin d’être mis en œuvre dans l’armée britannique et l’OTAN, qui doivent toutes deux intégrer ces changements doctrinaux dans la conception de base de leurs équipements de nouvelle génération, note RUSI. Les capteurs devront également être améliorés pour mieux détecter les menaces, en particulier les équipes ATGM, ce qui se traduit par des récepteurs d’alerte laser et radar à réalité augmentée « transparents » .

Quant aux UGV, ils sont encore loin d’être déployés sur le terrain, mais ils offrent des évolutions intéressantes. Ils pourraient notamment être un facteur d’externalisation, en transportant divers types de matériels pour alléger la charge des chars de combat. Cependant, la meilleure solution pour les contrôler serait d’embarquer un opérateur humain dans un char de combat, dont l’espace interne pose déjà problème face à d’éventuels brouillages électroniques. Cela signifie que la prochaine génération d’équipements blindés lourds devra être progressivement mise à niveau pour accueillir des unités de contrôle de drones, tandis que les UGV ne seront pas utiles sans une puissante IA embarquée. Les UGV fonctionnant seuls ne sont pas considérés comme rentables, car ils ne seront pas en mesure d’effectuer eux-mêmes certaines tâches.

Écrit par ADIT – Le Bulletin et republié avec autorisation.



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