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La toute jeune coentreprise Argylium aspire au décollage des batteries tout-solide, à haute densité énergétique

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Lu il y a 9 minutes



Issue de l’alliance entre Syensqo, Axens et l’IFP Énergies nouvelles (IFPEN), la coentreprise Argylium lancée au 1er janvier 2026 ambitionne d’industrialiser et de commercialiser d’ici à 2030 des poudres d’électrolytes solides, à base de sulfure, destinées aux batteries tout-solide. Cette nouvelle génération de système de stockage promet une plus haute densité énergétique, ce qui pourrait révolutionner plusieurs industries, de l’aéronautique à la défense en passant évidemment par l’automobile.

Aéronautique, robotique, défense… mais surtout les véhicules électriques. Les potentialités offertes par l’émergence des batteries tout-solide, systèmes de stockage d’énergie dépourvus d’électrolyte liquide entre l’anode et la cathode, pourraient permettre de révolutionner certaines industries, et de viabiliser des technologies qui, aujourd’hui, pêchent par manque de solutions de stockage à haute densité énergétique.

Réunir le savoir-faire de Syensqo, Axens et l’IFPEN

Une impasse sur laquelle le chimiste de spécialité Syensqo travaille depuis plus de dix ans en recherchant et en testant des matériaux électrolytes solides de la famille des sulfures, les argyrodites, qui intégreront les futures générations de batteries tout-solide. Industrialiser cette technologie pourrait aussi aider à rendre les batteries de demain plus sures, les électrolytes liquides organiques tels que le carbonate d’éthylène (EC) et le carbonate de diméthyle (DMC) présentant un risque d’inflammabilité.

Afin d’accélérer le développement de ses matériaux et leur commercialisation, le chimiste belge de spécialité a lancé une coentreprise au 1er janvier, baptisée Argylium, en partenariat avec le fournisseur français de solutions technologique Axens, qui sera l’actionnaire majoritaire, et l’IFP Énergies nouvelles (IFPEN). La nouvelle société a à sa disposition les installations de Syensqo dédié à la batterie tout-solide – jusqu’en mars 2027 où elle en deviendra propriétaire –, soit un laboratoire de pointe à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) et une ligne pilote à La Rochelle (Charente-Maritime) en fonctionnement depuis 2022.

« Les trois actionnaires apportent une vraie complémentarité », précise Alessandro Chiovato, le directeur général d’Argylium, anciennement chargé du développement commercial de la Plateforme des matériaux pour batteries du chimiste belge. « Syensqo apporte son savoir-faire en chimie de spécialité inorganique avec des experts qui ont travaillé sur ce type de chimie durant des années. Axens a beaucoup d’expérience dans l’industrialisation de produits chimiques inorganiques avec une véritable expérience dans la chimie du soufre. L’IFPEN amène une dimension scientifique dans le pilotage et le développement de procédés », résume le directeur général.

10 000 à 15 000 tonnes par an de capacité à plus long terme

Projet d’implantation d’une usine de matériaux actifs de cathode (CAM) pour batteries à Saint-Saulve, près de Valenciennes (Nord), ou encore développement technologique autour du recyclage de la black mass (poudre noire concentrée en métaux critiques (Li, Ni, Co, Mn) issue du broyage et du prétraitement des batteries) via sa filiale Eurecat… Le groupe Axens est engagé depuis quelques années dans la structuration d’une chaîne de valeur européenne des batteries. « En unissant nos forces à celles d’Axens et d’IFPEN, nous augmentons les chances de réussite du déploiement à grande échelle des innovations pilotes de Syensqo et contribuons à la réalisation des ambitions européennes en matière d’électrification et de stockage d’énergie », a souligné Thomas Canova, responsable de la R&D de Syensqo.

En ligne de mire, la commercialisation de ses matériaux à l’horizon 2030. La feuille de route jusqu’à la fin de la décennie se divise en paliers, qui devraient aboutir au démarrage d’un démonstrateur industriel capable de produire quelques centaines de tonnes par an. « Cela nous permettra de fournir des marchés de niche comme la robotique ou les drones qui sont à la recherche de batteries avec beaucoup de densité d’énergie pour permettre une plus grande autonomie, avec des recharges très distanciées », souligne Alessandro Chiovato. En parallèle, la coentreprise accélèrera sur ses produits à destination de l’automobile, qui « ont des délais de qualification beaucoup plus longs et demandent d’investir dans des unités à plusieurs milliers de tonnes de production », détaille le directeur général. C’est l’objectif de la société à post-2030 : mener une vraie industrialisation qui pourrait aboutir à une usine de l’ordre de 10 000 à 15 000 tonnes par an de capacité.

Poursuivre les tests et trouver de nouveaux investisseurs

Mais avant d’en arriver-là, Argylium doit encore poursuivre la constitution de son portefeuille de matériaux électrolytes solides sulfurés, de grades différents en fonction des applications, tout en poursuivant les tests auprès de partenaires industriels, des fabricants de batteries en France, en Europe et en Asie. « Nous cherchons aussi à faire entrer de nouveaux investisseurs dans la société pour pouvoir monter en capacité notre pilote de La Rochelle, et pour développer un pilote pour produire la matière première en amont ».

Pour les phases suivantes de développement, Alessandro Chiovato tient à se montrer clair sur la philosophie derrière Argylium. « Notre option privilégiée est de travailler avec des investisseurs européens ou avec des sociétés qui acceptent les conditions de souveraineté européenne sur l’activité. Nous nous donnons vraiment toutes les chances de créer un champion français sur une technologie stratégique qu’on souhaite entre les mains de la France et de l’Europe ».

À l’heure actuelle, la coentreprise compte plus de 60 personnes, soit des salariés directs d’Argylium ou des collaborateurs mis à disposition par les trois actionnaires sous forme de contrats de service. Ces effectifs correspondent en majorité aux équipes déjà en activité au sein du laboratoire parisien et de la ligne pilote de La Rochelle.

Le montant des investissements et les parts de chaque actionnaire dans la société ne sont pas communiqués à ce stade. La société précise tout de même avoir bénéficié de financements de l’État français, par le biais d’un PIIEC (Projet Important d’Intérêt Européen Commun) sur les batteries, mécanisme de soutien supervisé par la Commission européenne qui permet à plusieurs États membres de financer conjointement des projets industriels stratégiques et innovants qui dépassent les capacités d’un seul pays, en dérogeant aux règles habituelles en matière d’aides d’État.

Batterie tout-solide : une course de constructeurs automobile bien décidés à commercialiser à l’horizon 2030

Aujourd’hui les pays les plus avancés en matière d’industrialisation d’une batterie tout-solide sont la Chine, le Japon et les États-Unis. Plusieurs équipes de chercheurs chinois ont d’ailleurs affirmé avoir franchi cette année des étapes clés dans la mise au point de batteries solides. Côté constructeurs automobiles en Asie, les chinois SAIC Motor et BYD ou encore les japonais Hyundai et Toyota poursuivent la production de cellules prototypes, afin de se doter dans un horizon de temps de quelques années de flottes de démonstration. En Europe, Mercedes en est déjà aux essais routiers, tandis que Stellantis prévoit une flotte de démonstration en 2026. Afin d’équiper ses véhicules tests, le groupe automobile franco-italo-américain Stellantis en partenariat avec la start-up américaine Factorial a annoncé en février 2025 la validation réussie de batteries tout-solide FEST (Factorial Electrolyte System Technology) de Factorial, de taille automobile. Les performances dévoilées sont plus que prometteuses puisque le constructeur annonce pour cette technologie une charge rapide de 15 % à 90 % en 18 minutes ou encore un fonctionnement à des températures entre -30°C et 45°C.



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