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La facture des EPR2 s’alourdit déjà, EDF devra aussi financer l’usine Aval du Futur d’Orano à La Hague, un chantier qui s’annonce colossal

Service Com'
Lu il y a 7 minutes


Pour assurer le recyclage des combustibles usés des EPR2 jusqu’en 2120, Orano va construire à La Hague une usine Aval du Futur majoritairement financée par EDF. Un chantier XXL confié au bâtisseur des JO 2024, Nicolas Ferrand, qui a dévoilé à L’Usine Nouvelle les contours, le calendrier et le coût du projet, alors que le ministre de l’Industrie se rend à La Hague ce 12 janvier.

C’est le non-dit de la relance du nucléaire français. Pour garantir la souveraineté électrique de la France, Emmanuel Macron n’a pas seulement décidé la construction de 6 à 14 nouveaux réacteurs nucléaires EPR2 par EDF, comme annoncé dans son discours de Belfort de février 2022. En conseil de politique nucléaire du 27 février 2024, le gouvernement a aussi décidé de renouveler les installations sur l’aval du cycle du combustible nucléaire à la Hague, nécessaire pour l’entreposage et le recyclage des combustibles usés des nouveaux réacteurs EPR2. Annonçant même des «investissements importants», sans les préciser, ni expliquer comment ils seraient financés.

Cest un secret de Polichinelle. Car c’est bien EDF qui paye le recyclage de ses combustibles usés. Dans un rapport sur le modèle économique d’EDF publié en septembre 2025, la Cour des comptes chiffrait, parmi les 460 milliards d’euros d’investissement à consentir d’ici à 2040, à environ «30 milliards d’euros le financement par EDF des investissements d’Orano pour le renouvellement des installations de l’aval du cycle du combustible». Ce sera même plus, car le chiffrage de la Cour des comptes s’arrête à 2040, alors que les investissements à La Hague dans le programme Aval du Futur, qui s’étalent au-delà de 2050, «se chiffrent en dizaines de milliards d’euros sur les doigts d’une main, mais pas plus», promet Nicolas Ferrand, le bâtisseur des JO de 2024, désormais directeur du projet Aval du Futur chez Orano. Soit au bas mot 50 milliards, «en euros constants de 2024, hors inflation et hors frais de financement», précise le responsable de ce nouveau chantier qui s’annonce comme «le plus important d’Europe sur un seul site».

Un projet d’environ 50 milliards d’euros

Selon un accord de principe avec Orano, qu’il reste à formaliser, c’est «majoritairement» EDF qui paiera ce qu’il y a à réaliser d’ici à 2040. Le projet Aval du Futur prévoit en effet à l’intérieur du périmètre sécurisé du site de la Hague (Manche) – que visite le ministre de l’Industrie Sébastien Martin ce 12 janvier – la construction, sur 45 hectares à l’ouest libérés de 30 bâtiments peu ou plus utilisés, de trois principaux éléments : une piscine, une nouvelle usine de combustible Mox et une nouvelle usine de recyclage, représentant une vingtaine de nouveaux bâtiments.

Le premier élément est un atelier de déchargement et d’entreposage sous l’eau des combustibles usés du parc actuel et des futurs EPR2, avec trois bassins de 6500 tonnes chacun pour répondre aux besoins d’EDF et de clients étrangers. Le premier bassin, qui remplacera le projet de piscine centralisée de stockage centenaire d’EDF, doit être mis en service en 2040. Cela signifie «un début des travaux fin 2030. On a donc cinq ans pour libérer la zone, finir les études, avoir l’ensemble des autorisations, pour pouvoir commencer les travaux en 2030. Les décisions d’investissement sont prévues pour fin 2029», indique Nicolas Ferrand. Le projet avance déjà bien. «On a fini les études de faisabilité et on est en APS (avant-projet sommaire) depuis six mois». Les deux autres bassins entreront en service d’ici à 2045.

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Le second élément est une nouvelle usine de Mox, qui doit remplacer celle de Melox dans le Gard, dans laquelle Orano investit 300 millions d’euros pour la prolonger, avec aussi une mise en service prévue en 2040. Le troisième élément est l’usine de recyclage proprement dite, ou atelier de traitement des combustibles usés. À terme, elle aura la capacité de traitement équivalente aux deux unités actuelles UP3 et UP2400, soit 1200 tonnes de combustibles traités annuellement. Elle traitera des combustibles usés «classiques», mais aussi des combustibles MOX et URE (uranium de recyclage enrichi) usés, préparant la fermeture du cycle du combustible à l’horizon de la fin du siècle. La date de mise en service est incertaine. 2050, 2055, 2060, 2065 ?

«Cela dépend des résultats du programme Pérennité et résilience dans lequel Orano évalue la capacité à faire durer les usines actuelles», explique Nicolas Ferrand. La seule chose certaine à ce stade : cette usine sera différente des unités actuelles. Non seulement parce qu’elle devra fonctionner 80 ans, soit la durée de vie des nouveaux EPR2. Elle devra aussi être «entièrement réparable, démontable, sans perturber la production. Dès le début, on permet à nos petits-enfants, en 2080, 30 ans après la mise en service, de retirer des éléments de l’usine et de les remplacer par des modules neufs, mais avec des technologies qu’on ne connaît pas encore».

Pour mener à bien ce projet XXL, Orano a créé une société de projet Orano Aval du Futur, filiale à 100%. «La création formelle, c’est le 1er janvier 2026, indique Arnaud Gay, directeur des technologies du projet Aval du Futur, chez Orano depuis 35 ans. La société a été créée début 2025 mais n’avait pas à cette date de statut social. C’est aujourd’hui une Unité économique et sociale, avec la société d’ingénierie du groupe Orano. Les effectifs dédiés au porgramme Aval du Futur ont été transférés dans l’entité le 1er janvier 2026. Nous sommes désormais 250 salariés aujourd’hui.» La société Orano Aval du Futur devrait compter 600 salariés d’ici à la fin de l’année, avec notamment des personnels détachés des partenaires ingénieurs qui ont signé un contrat en novembre 2025, et environ 2000 d’ici à 20 ans. Un minimum pour relever les défis technologiques, de génie civil et de logistique sur ce chantier hors norme et unique en Europe.



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