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Face à Timothée Durand, un second candidat sur les rangs pour reprendre le verrier Arc (et lui aussi connait bien l’entreprise)

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Lu il y a 9 minutes


Le petit-fils du fondateur du groupe verrier Timothée Durand n’est pas le seul à préparer une offre pour la reprise du fleuron des arts de la table Arc, placé en redressement judiciaire. Un autre ancien directeur du groupe, Patrick Puy, est aussi sur les rangs.

L’immense usine verrière d’Arc France, qui produit assiettes et verres à Arques (Pas-de-Calais), attise les appétits. La filiale française du géant des arts de la table, qui compte 3 500 salariés, a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lille le 7 janvier.

Un premier repreneur, Timothée Durand, descendant de la famille fondatrice du groupe verrier et ancien cadre du groupe jusqu’en 2024, a déjà été reçu par Sébastien Martin, le ministre de l’Industrie le lendemain, pour expliquer son projet de relance du site.

Il n’est pas le seul à s’intéresser au dossier. L’ancien directeur général du groupe verrier Patrick Puy est aussi sur les rangs pour déposer une offre avant le 28 janvier, date limite fixée par le tribunal de commerce. «Le processus est très contraint et le temps extrêmement limité. Mais je vais travailler très vite à une offre», confirme à L’Usine Nouvelle le spécialiste du retournement d’entreprise, passé notamment chez Vivarte puis Go sport. L’homme connait lui aussi bien l’entreprise : il avait été appelé en 2013 à la rescousse pour redresser Arc International, déjà plombé par sa dette, avant d’être débarqué en 2015 après la cession du groupe à l’Américain Dick Cashin.

Pour l’instant, son projet, moins avancé, n’est pas encore détaillé. «Je n’ai pas encore accès à la data-room. Mais le site arrive à un périmètre qui me semble viable. On aurait dû y arriver plus vite et pour moins cher», reprend le chef d’entreprise, qui avait proposé il y a dix ans une cure d’austérité drastique pour le verrier, avec 2000 suppressions d’emplois, qui n’avait pas été retenue.

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Arrêt prévu d’un four

Dans un contexte d’effondrement des ventes sur le marché des arts de la table, avec un marché en baisse de 15% à 25% en 2025, le fleuron du verre souffre de surcapacités de production. En 2025, ses ventes ont dégringolé de près de 10%, pour un chiffre d’affaires inférieur à 400 millions d’euros contre 404 millions d’euros en 2024.

«On a fini à près de 136000 tonnes de verre produit l’an dernier, bien en-deçà de ce qui était prévu», concède Frédéric Specque, délégué CGT sur le site d’Arc. En 2022, l’usine, dont le principal client est Ikea, avait encore produit 235000 tonnes de verre… La relance de l’usine passe donc par une réduction drastique de sa voilure.

A côté du ministre de l’Industrie Sébastien Martin à Bercy, le repreneur potentiel Timothée Durand, qui travaille avec la direction actuelle sur son plan, a confirmé que le redressement judiciaire «était nécessaire pour faire baisser la dette et redimensionner le site pour repartir sur une base saine». Dans son projet de reprise, qui doit encore être finalisé, le petit-fils du dirigeant emblématique du groupe prévoit de «concentrer la production» de verre blanc sodo-calcique sur un seul four au lieu de deux.

Sur les huit fours de l’usine calaisienne – chacun désigné par une lettre -, le four soco-calcique S a été arrêté pour rénovation en 2025 et devrait redémarrer dans les prochaines semaines, doté d’une plus grande capacité. « Au vu du niveau de commandes, on sait qu’on aurait assez d’un four. Le H est vieillissant, sa durée de vie est limitée », concède Grégory Leblond, le secrétaire du CSE du groupe (Sud). Un autre four, le P, est lui aussi à l’arrêt depuis des années.

« Timothée Durand, cela reste un Durand. Il a l’esprit verrier dans le sang»

Pour les salariés, cette baisse de la production devrait déboucher sur des réductions d’emplois et un plan de sauvegarde de l’emploi, alors que l’entreprise ces dernières années a réglé ses problèmes de sur-effectifs par les départs en retraite et la baisse de l’intérim. Près de 400 salariés travaillent sur le four H, précisent les syndicats, qui ont déjà rencontré Timothée Durand. Mais le nombre de départs nécessaires pourrait être plus important, craint Frédéric Specque, en reconnaissant ne «pas avoir encore beaucoup d’informations sur le projet de reprise ou le nombre de salariés concernés».

Tout devrait aller vite. Le tribunal de commerce de Lille doit examiner le 4 février les offres, pour une reprise du géant du verre fin mars ou avril. Même si l’annonce du redressement judiciaire a eu l’effet d’un choc pour les salariés, le retour de la famille Durand rassure les syndicats. Dans le bassin proche de Saint-Omer, celle-ci reste très respectée. «Timothée Durand, cela reste un Durand. Il a l’esprit verrier dans le sang. Cela a un peu rassuré les anciens dans l’entreprise de voir qu’un membre de la famille pourrait revenir à la tête de l’entreprise», pointe Gregory Leblond, pour qui Arc a «besoin de gens qui connaissent le verre et pas de financiers».

«On a l’avantage de connaître Timothée Durand. Son nom a une symbolique forte dans la région, il aura à cœur de faire les choses bien. Mais ce n’est pas un nom que l’on attend, mais des actions», abonde Frédéric Specque, favorable aux dépôts d’autres offres pour améliorer les projets.

Créée au milieu du XIXe siècle, la cristallerie d’Arc s’est développée de façon spectaculaire après 1945 sous la direction de Jacques Durand,le patron emblématique du verrier. Après un séjour aux États-Unis, l’industriel importe de nouvelles idées pour industrialiser la production de cristal de l’usine et internationaliser le groupe. Sous sa direction, le groupe à la gestion très paternaliste a compté jusqu’à 12 00 salariés sur près de 800 métiers. Il possédait son terrain de camping sur la côte de la mer du Nord, vendu pour éponger les dettes, son école de formation pour ses ingénieurs et ses logements à Arques.

Mais à la mort du patriarche, en 1997, la chute a été rapide. La famille enchaîne les erreurs stratégiques et tarde à réagir face à ses problèmes de compétitivité, en refusant de licencier. Le cash fond à toute vitesse, jusqu’à la quasi-faillite en 2015.

La dette, point noir de l’entreprise

Il y a deux ans, Timothée Durand, qui a fait toute sa carrière au sein du verrier, avait déposé une offre de reprise, financée à hauteur de 50 millions d’euros, écartée au profit de la montée au capital des investisseurs Pascal Cagni et Patrice Molis au côté de l’actionnaire américain majoritaire Dick Cashin.

Sur le plan financier, le redressement judiciaire pourrait aussi permettre, en cas de cession, d’effacer une partie de la dette. Malgré l’effacement de 120 millions d’euros de créances de l’État et des collectivités publiques en 2025, l’entreprise croule toujours sous un endettement trop important. Et en difficulté chronique, le verrier fait fuir les banques. L’État, qui a consenti en 2025 un nouveau prêt de 30 millions d’euros, qui s’ajoute aux près de 80 millions d’euros de créances publiques encore conservées, pourrait à nouveau être mis à contribution. «Si Timothée Durand reprend maintenant, il pourra repartir d’une copie presque blanche», espère Gregory Leblond. «Avec une masse salariale diminuée et moins de dettes, on aura deux gros poids en moins. On sera alors au bon étiage», calcule lui aussi le délégué CGT. De quoi peut-être mettre fin définitivement au long feuilleton du sauvetage d’Arc.



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