Ariane 6 monte en puissance. Son opérateur Arianespace veut réaliser 7 à 8 lancements en 2026 avec son lanceur lourd, dont le premier est réservé à la constellation d’Amazon. Le lanceur européen se positionne en candidat sérieux pour lancer les futures constellations de satellites de défense allemands.
Ariane 6, reçue 5 sur 5 ! En réussissant tous ses tirs depuis sa mise en service en 2024, le lanceur lourd européen affiche de nouvelles ambitions. «On a un objectif extrêmement ambitieux de montée en cadence pour 2026. On vise 7 à 8 vols cette année [contre 4 l’année précédente]. Cela va être un challenge», a souligné David Cavaillolès président d’Arianespace, à l’occasion de la présentation des vœux du groupe ArianeGroup à la presse lundi 12 janvier.
Parmi ces tirs figure la première mission pour le compte de son principal client privé, la constellation Kuiper désormais rebaptisé Amazon LEO (Low Earth Orbit, ndlr), qui doit avoir lieu en février. Celle-ci s’appuiera pour la première fois sur la version plus puissante à 4 boosters d’Ariane 6 (soit une Ariane 64), contre 2 boosters pour la version jusqu’ici commercialisée (soit Ariane 62).
Pour les dirigeants d’Arianegroup, l’année 2026 sera cruciale. «On s’attend à une année intense du point de vue commercial, notamment avec deux programmes majeurs, le programme européen Iris 2 [de télécommunications sécurisées] et la galaxie des projets de défense allemands», fait savoir le patron d’Arianespace.
Renforcer les liens avec l’Allemagne
Militarisation du monde, enjeux de souveraineté… Le contexte est porteur pour Ariane 6. «Aujourd’hui on est dans une phase où l’ensemble des états membres [de l’agence spatiale européenne], compte tenu du contexte géopolitique, renforcent leur efforts dans le domaine spatial et dans la domaine de défense. C’est visible en France, et c’est particulièrement visible en Allemagne», explique Martin Sion, président d’ArianeGroup, maitre d’œuvre industriel d’Ariane 6 et maison-mère d’Arianespace.
Vos indices

L’Allemagne s’affirme ainsi comme la première puissance spatiale européenne. Elle a annoncé un plan d’investissement astronomique de 35 milliards d’euros pour sa défense spatiale d’ici à 2030. La Bundeswehr s’apprête notamment à déployer une nouvelle constellation de satellites destinée à l’observation de la Terre. Ariane 6 se positionnera clairement pour être l’opérateur de lancement.
«Est-ce que c’est gagné d’avance ? Non. Est-ce que l’on a des raisons d’y croire ? Oui, absolument, parce qu’avec Ariane 6, on a le bon produit pour déployer ce genre de constellations, estime le patron d’Arianespace. Cela fait partie des chantiers de l’année que de réussir à renforcer les liens avec l’Allemagne et faire d’Ariane 6 le candidat naturel pour cette constellation.»
Seul bémol à cet enthousiasme : contrairement à la France, l’Allemagne n’a pas mis en œuvre la préférence européenne pour lancer ses satellites institutionnels ou militaires. Et Ariane 6 pourrait subir la concurrence d’autres acteurs, notamment les américains SpaceX ou encore Blue Origin, la filiale spatiale du milliardaire américain Jeff Bezos.
Un haut degré de maturité
Pour y répondre, le lanceur a d’autres atouts que son identité européenne. Sa montée en puissance est extrêmement rapide. Selon l’ESA, Ariane 6 est le premier lanceur lourd à avoir réussi ses cinq premiers lancements en moins de 17 mois. Et ce n’est pas fini : la cadence cible, à terme, est de 9 à 10 par mois.
L’engin affiche des performances techniques impressionnantes. Selon les dirigeants d’Arianespace, le consortium Galileo qui a utilisé 4 lanceurs différents pour lancer sa constellation (Soyouz, Ariane 5, Falcon 9 de SpaceX et Ariane 6), estime qu’Ariane 6 a été le lanceur le plus précis pour positionner les satellites sur leur orbite.
Par ailleurs, Ariane 6 affiche une maturité étonnante. Le nombre d’anomalies expérimenté sur les premiers vols est extrêmement faible, par rapport à ce qui a été observé sur Ariane 5. «On a un degré de maturité de lanceur qui correspond à ce qu’on avait sur Ariane 5 après des années d’exploitation», estime le président d’ArianeGroup.
Enfin le lanceur lourd européen est évolutif. Il va bientôt être équipé de nouveaux boosters, les P160C en lieu et place des P120C, qui permettront de mettre en orbite des charges plus lourdes. Testé avec succès en avril de l’an dernier, ce nouveau propulseur solide qui embarque 157 tonnes de propergol, devrait améliorer considérablement les performances respectives du lanceur.


