Spécialisée dans la formulation de produits de désinfection d’origine végétale, Salveco mise aujourd’hui sur son expertise scientifique et réglementaire pour développer une « désinfection propre » et renforcer sa présence à l’international. La société vosgienne veut se placer en leader de la chimie verte.
C‘est au pied du massif des Vosges, à Saint-Dié-des-Vosges, que sont installés les laboratoires de Salveco, depuis 1994. Face aux sapins et épicéas, la société travaille à la mise au point de produits nettoyants et désinfectants efficaces et d’origine végétale. « Nous nous présentons comme The Clean Chem Company : nous proposons des formulations saines et sûres pour l’environnement et pour l’homme », explique Patrick David, directeur général de Salveco depuis le départ du fondateur en 2024. Avant d’ajouter : « Nous avons un objectif clair : construire une plateforme de recherche en désinfection propre grâce à nos formules. Nous espérons ainsi tripler notre chiffre d’affaires ». Et pour atteindre cet objectif ambitieux d’augmentation du chiffre d’affaires, au-delà de la commercialisation de produits sous marque propriétaire, Salveco compte désormais valoriser son savoir-faire. La société s’était fait quelque peu connaître avec sa marque de produits d’entretien You, conçue et lancée en 2011, avant de s’en séparer en 2018. Puis la pandémie de Covid-19 avait encouragé la société à lancer une nouvelle marque de produits désinfectants : Osanis. Salveco propose notamment une mousse désinfectante pour les mains ne contenant pas d’éthanol, protégeant ainsi la barrière hydrolipidique de la peau et permettant de se protéger des microbes vecteurs de maladies. « Aujourd’hui, la marque Osanis nous sert de gamme de démonstration de notre savoir-faire », explique Elvire Mathieu, responsable marketing de la société.
Proposer des formules saines
C’est ainsi que la nouvelle direction de la société, aux commandes depuis juillet 2024, a fait le choix de déployer une offre commerciale autour de la mise au point de formules saines. « Nous proposons des formules prêtes à être mises sur le marché », explique Patrick David. Ainsi, la société s’assure que ses formules correspondent à l’intégralité des normes qui régissent le monde de la désinfection. Pour cela, Salveco mise sur son expertise en recherche et développement. « Nous sommes reconnus comme des experts de la valorisation végétale. On nous envoie régulièrement de nouvelles molécules pour que nous les validions », explique Steve Hisiger, responsable de la R&D. Une expertise plus que bienvenue dans la désinfection, un secteur complexe où les produits biosourcés doivent faire face à une chimie conventionnelle ancienne et installée. Mais pas de quoi freiner la société vosgienne. Forte de plus de 30 brevets internationaux, Salveco a à cœur de prouver que la chimie du végétal peut être tout aussi performante, « si ce n’est plus », que la chimie conventionnelle. « Notre technologie est basée sur les acides organiques. Nous avons trouvé le moyen d’améliorer significativement leur efficacité, sans augmenter la concentration de ceux-ci dans nos produits », explique Steve Hisiger. Concrètement, la société amis au point des produits d’hygiène exploitant un biocide : l’acide lactique. Celui-ci est obtenu par fermentation de sirop de glucose, issu de différentes biomasses comme la betterave, le maïs ou encore la canne à sucre. En plus de l’origine durable du produit – de la conception jusqu’à la fin de vie du produit – Salveco se focalise également sur la biodégradabilité du produit. « Pour nous assurer de la biodégradabilité du produit, nous testons la formule dans son ensemble, et non pas ingrédient par ingrédient », clarifie le responsable de la R&D.
Une expertise réglementaire
En plus de la biodégradabilité, l’écotoxicité du produit est également évaluée. Ainsi, les formules de Salveco permettent à leurs clients de n’avoir aucun pictogramme CLP (Classification, Labelling, Packaging) sur leurs produits, signifiant qu’ils ne sont pas considérés comme dangereux, qu’ils ne présentent pas de risque immédiat ou important pour la santé humaine, la sécurité ou l’environnement et, par conséquent, qu’aucune précaution particulière n’est obligatoire. Un argument de poids pour convaincre les potentiels clients.
« Notre avantage est de proposer une chimie saine et donc de démontrer plus facilement nos produits. Ainsi, il est plus aisé d’obtenir des autorisations de mise sur le marché (AMM, N.D.L.R.) car nos formules sont évaluées sans risque », se félicite Steve Hisiger. La preuve en est avec la capacité de la société de faire des demandes d’AMM simplifiées (voir encadré) : « Nous sommes les leaders avec plus de 70 % des AMM simplifiées au niveau européen pour le secteur de la désinfection. Nous avons même été les premiers à bénéficier de ce type d’autorisations », se réjouit le responsable R&D.
Car, au-delà de son expertise en formulation de longue date, Salveco possède une deuxième compétence précieuse : une expertise réglementaire. « Nous travaillons sur l’obtention d’AMM depuis 2014. Au total, nous en avons obtenues plus de 200 sur les produits biocides », raconte Patrick David. « Notre équipe réglementaire se charge d’assurer la concordance des produits mais également de l’anticipation des évolutions réglementaires pour nos clients », ajoute Steve Hisiger. Ainsi, la société se porte garant de la formule mais surtout de la partie réglementaire. Salveco permet à ses partenaires et clients de mettre plus rapidement leur produit sur le marché, sous leur propre marque, et assure une validité de l’AMM de dix ans. « Nous proposons un package clé en main : le développement de la formule et les dossiers réglementaires », insiste Patrick David.
Si l’activité principale de Salveco consiste à vendre des formules et proposer de la production à façon, la société compte aussi sur les accords de licences afin d’augmenter son chiffre d’affaires. « Avec l’accord de licence, nous développons la formule pour le client et nous lui donnons les clés pour qu’il puisse faire lui-même la formulation de son produit », explique Sylvain Marmul, responsable du site de production. Avant de rajouter : « L’un des intérêts de l’accord de licence est qu’il permet d’éviter le transport par camion de plusieurs tonnes de produits sur des centaines de kilomètres. De plus, cela nous permet de « libérer de l’espace » afin de produire pour de nouveaux clients ». Avec ce mode de fonctionnement, Salveco est en mesure de formuler des produits détergents et désinfectants à destination de l’industrie agroalimentaire, des produits d’entretien domestiques, des soins animaliers et du médicare, et les commercialise en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie. Salveco espère être bientôt présent sur le continent américain.
Produire sans surproduire
Le site de Salveco à Saint-Dié-des-Vosges regroupe les activités de production et de R&D. Afin de réaliser ses formules, la société reçoit les matières premières de la part de ses partenaires. « Ils se chargent eux-mêmes de l’extraction. Notre métier est la formulation », insiste Sylvain Marmul, responsable de site. Cependant, afin de s’assurer de la qualité de leur produit, Salveco dispose d’une équipe de R&D (15 personnes) qui contrôle chaque livraison. La matière première ainsi vérifiée, celle-ci peut être envoyé dans le hangar de production où 19 personnes se chargent de réaliser les « recettes ». Salveco dispose de deux cuves semi-automatiques de 5 et 15 tonnes, permettant une production d’environ 2 000 t/an. Et les volumes ne sont pas amenés à augmenter. « Nous fonctionnons avec un principe d’accord de licence, ce qui nous évite d’envoyer nos production à travers le monde et nous permet de limiter fortement notre empreinte carbone », explique Sylvain Marmul.
Accélérer la mise sur le marché grâce à l’AMM simplifiée
Une demande d’autorisation de mise sur le marché simplifiée (AMM simplifiée) est une procédure réglementaire permettant à une entreprise de commercialiser un produit, généralement un produit biocide, de manière plus rapide que la procédure standard. Elle s’applique lorsque le produit est considéré à faible risque. Afin de prétendre à ce type d’autorisation, il faut répondre à quatre critères indispensables : que tous les ingrédients fassent partie de la liste prédéfinie des substances à faible risque, ne pas contenir de substance préoccupante, ne pas contenir de nanomatériaux et l’assurance que la sécurité et l’efficacité du produit sont comparables à celles du produit équivalent déjà sur le marché. « Là où il faut quatre à cinq ans pour obtenir une AMM classique, il nous faut environ six mois pour une AMM simplifiée », évalue Steve Hisiger, responsable R&D de Salveco.



