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où en sont les principales filières touchées par des surtaxes douanières ?

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Lu il y a 9 minutes



L’année 2025 a été marquée par un décrochage inédit de la balance commerciale de l’agroalimentaire français. En cause, notamment, les restrictions des échanges qui ont ciblé quatre des locomotives des exportations du pays : les vins et spiritueux, les céréales, les produits laitiers et la viande porcine. Bilan sur les principaux contentieux commerciaux et les perspectives d’accord pour ces filières.

La chute brutale de la balance commerciale de l’agroalimentaire français en 2025 inquiète. L’Insee rappelle, dans une publication parue juste avant Noël, que «alors que les produits agricoles et agroalimentaires sont des segments historiquement excédentaires de la balance commerciale française, le solde de ces produits s’est dégradé en 2025, devenant même légèrement négatif depuis le printemps». Si ce déclassement s’explique par un ensemble de facteurs structurels, illustrant le manque de compétitivité des filières et l’échec des politiques de montée en gamme de l’alimentation en France, la conjoncture n’est pas porteuse.

Aux mauvaises récoltes de céréales en 2024, qui ont dégradé la balance commerciale pour l’exercice tout juste achevé, ont succédé les tensions géopolitiques, torpillant des filières habituellement locomotives des échanges. Passage en revue des plus concernées d’entre elles – vins et spiritueux, produits laitiers, porc et céréales.

1- Reprise attendue pour les vins et spiritueux (solde commercial positif de 12,9 milliards d’euros entre juillet 2024 et juin 2025, part de marché stable avec 17% des échanges mondiaux)

L’année 2025 aura été particulièrement complexe pour le secteur des vins et spiritueux : les taxes douanières, portées par la Chine et les États-Unis, sont venues s’ajouter à un cycle économique pour le moins agité. Les exportateurs ont donc subi une surtaxe de 15% côté américain après que l’Oncle Sam a fait plier l’Union européenne au mois d’août, tandis que sur le continent asiatique, le cognac a été victime d’une enquête antidumping et l’accès au duty free restreint.

Si l’on ajoute la fin du contexte économique propice post Covid, on comprend mieux la crise en cours des alcooliers, avec des restructurations chez tous les pontes du secteur. D’après les douanes, la baisse des ventes de boissons vers la Chine et les États-Unis entre novembre 2024 et octobre 2025 est la principale raison de la baisse du chiffre d’affaires de l’ensemble de l’industrie agroalimentaire française à l’export : 535 millions d’euros ont été abandonnés, avec un piqué plus marqué en Chine (-27 %) qu’aux États-Unis (-6 %). L’accord trouvé sur le cognac et le duty free côté Chinois a fait souffler beaucoup d’acteurs mais le secteur n’est pas au bout de ses peines. Pernod Ricard, très exposé à ces deux marchés, n’attend un retour à la croissance du chiffre d’affaires que fin 2026 (au mieux).

2- Pour les produits laitiers, un goût de caillé (solde commercial positif à 2,66 milliards en 2024/2025 mais en fort retrait, avec une part de marché dans les échanges mondiaux à 8,2%, soit -0,6 point)

Il y a évidemment ces 15% de taxes douanières venus d’Amérique qui compliquent la donne depuis la fin de l’été. «Il n’y a pas d’élément qui montre un décrochage majeur des exports», souligne toutefois François-Xavier Huard, président de la Fnil, qui représente les industriels français des produits laitiers. Les États-Unis représentent un marché de près de 400 millions d’euros à l’export pour ces acteurs. «Nous restons très prudents sur l’évolution de la politique douanière américaine, poursuit-il. Nous sommes aussi interpellés, même si cela doit encore se traduire dans les faits, par l’ouverture prévue dans l’accord du mois d’août de nouveaux contingents tarifaires pour les produits laitiers américains : 20000 tonnes pourraient entrer sur notre marché avec des droits à 0 %.»

Côté chinois, le cadeau de Noël a une saveur amère. En attendant que soit finalisée son enquête antidumping sur les produits laitiers européens, la patrie de Xi a imposé des droits de douane provisoires de 21,9% à 42,7%, en plus des 15% qui s’appliquent par défaut, rappelle la Fnil. Les entreprises françaises sont dans la moyenne, avec une surtaxe à payer de près de 30%. Savencia, principal exportateur de crème, est l’entreprise la plus touchée côté tricolore. «À ce tarif, nous ne pourrons plus exporter, pointe François-Xavier Huard qui attend le résultat de l’enquête au plus tard le 21 février. Nous ne sommes pas très optimistes sur l’issue. Il faut rappeler que le marché algérien s’est aussi fermé à nous depuis fin 2024.» La Chine, les États-Unis et l’Algérie pèsent, à eux trois, historiquement, plus de 10% des 9,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires à l’export réalisés par les produits laitiers d’après FranceAgriMer.

3- Le porc revoit la vie en rose (230 millions d’euros de chiffre d’affaires réalisé en Chine en 2024)

Contrairement à la filière lait, l’interprofession du porc, l’Inaporc, a reçu une relativement bonne nouvelle quelques jours avant de se précipiter sous le sapin pour ouvrir les cadeaux : la surtaxe douanière qui s’appliquait à l’entrée en Chine a été ramenée à 9,8% pour les entreprises françaises. C’est certes plus que par le passé, mais c’est toujours mieux que cette surtaxe temporaire pouvant grimper jusqu’à 62,4% appliquée à partir de septembre, le temps que les autorités locales finalisent leur enquête antidumping, lancée en représailles aux taxes de l’UE sur les voitures électriques made in China.

Toutes les entreprises européennes ne bénéficient pas du même sort : certaines doivent encore s’acquitter d’un malus de 19,8% à la frontière, étant considérées comme «non coopérantes» par les autorités chinoises. La France va même bénéficier en 2026 d’une nouvelle opportunité sur ce marché. «Nous sommes le premier pays du monde à avoir reçu l’autorisation d’exporter des abats blancs, à savoir l’estomac et les intestins, sur le marché chinois, détaille Anne Richard, présidente de l’Inaporc. Nous avons déjà quatre abattoirs agréés par les autorités chinoises, quatre autres pourraient suivre. Cela devrait permettre de faire progresser de 10% les volumes d’abats exportés vers la Chine.» Les abats sont les principales pièces exportées en Chine, puisqu’ils représentent 76000 des 116000 tonnes exportées en 2024 d’après l’Agreste, le bureau statistique du ministère de l’agriculture.

4- Les céréales, l’épineux dossier algérien (deuxième contributeur à la balance commerciale avec un solde positif de 5,3 milliards d’euros en 2024/2025)

La mauvaise récolte 2024 a pesé sur le bilan 2025: les exportations françaises étaient, en valeur, en chute de 22% sur la période juillet 2024 / juin 2025 d’après France Agri Mer. «D’ici la mi-2026, le solde alimentaire ne se redresserait que partiellement : le rebond du solde des produits agricoles se poursuivrait, grâce au rétablissement des disponibilités à l’export des céréales permis par la hausse des récoltes en 2025», note l’Insee dans son analyse du 17 décembre. Au détail qu’il faudra encore trouver une alternative à l’Algérie qui a fortement réduit ses importations alors qu’elle achetait plus de 5 millions de tonnes de blé par le passé. Pour les négociateurs, l’année 2026 s’annonce chargée !



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