
Sanofi, Pierre Fabre, Ipsen, Guerbet, le LFB et Théa quittent le Leem et fondent avec le groupe Servier un second syndicat patronal pour l’industrie pharmaceutique. L’objectif énoncé est de mieux focaliser les forces pour soutenir l’innovation et la souveraineté sanitaire.
La représentation patronale de l’industrie pharmaceutique en France semble se trouver à une étrange croisée des chemins. Par communiqués sobres et sans entrer dans les détails, le Leem et six des plus grands laboratoires pharmaceutiques français ont indirectement fait part d’une séparation.
Sanofi, Ipsen, Pierre Fabre, le LFB, Guerbet et Théa ont annoncé le 8 janvier la création d’un nouveau syndicat patronal, en compagnie du groupe Servier qui n’était plus adhérent du Leem depuis l’affaire du Mediator. En parallèle, le Leem a acté la décision de plusieurs membres de quitter l’organisation. Selon plusieurs sources, c’est confirmé : les six laboratoires quittent bien le Leem.
Les explications derrière un tel changement ne sont pas encore détaillées. Dans un communiqué, les sept laboratoires désormais regroupés évoquent un nouveau syndicat «centré sur l’accès des patients français aux médicaments innovants et la reconnaissance de l’empreinte de R&D et de production en France». Différentes sources évoquent l’idée de constituer un «focus» autour «de l’innovation et de la souveraineté sanitaire», surtout face à l’évolution de l’industrie pharmaceutique mondiale, de plus en plus dominée par les Etats-Unis et la Chine. Et ce à l’heure où ces deux grands pays sont très activistes, le premier réclamant plus de production pharmaceutique sur son sol et des prix moins chers pour ses patients, le second continuant d’accélérer dans les essais cliniques et la commercialisation et l’exportation de principes actifs et de médicaments. D’ailleurs le Leem, dans son communiqué déplore cette séparation justement «dans un contexte où des tensions géopolitiques majeures et la concurrence internationale mettent à mal la souveraineté européenne et française du médicament».
Parler d’une voix plus homogène
Le futur syndicat, dont la constitution officielle devrait s’effectuer dans quelques semaines, compte travailler avec le Leem, mais entend œuvrer distinctement. Une source souligne le fait que le Leem «représente près de 300 entreprises, porteuses de demandes et d’attentes parfois très différentes», et que cela «ne répond pas forcément aux enjeux perçus comme prioritaires» par les plus grands laboratoires. Comme le problème de l’accès aux médicaments les plus innovants en France, dont 40% approuvés en Europe ne le sont pas encore dans l’Hexagone, et la défense de la souveraineté sanitaire. Les grands laboratoires souhaiteraient «plus d’agilité» dans leurs ambitions et disposer d’un «discours plus homogène, être capables de parler d’une seule voix pour sécuriser cet accès à l’innovation et la souveraineté».
Ni génériques ni OTC, et des implantations de production ou de R&D en France
Le nouveau syndicat, qui ressemble fortement au G5 Santé, le think tank qui regroupe les mêmes grands laboratoires, ne sera pas fermé aux nouveaux entrants. Mais les candidats devront être positionnés dans les médicaments innovants, sous ordonnance, ce qui exclut les médicaments génériques et les produits délivrables sans ordonnance (produits OTC). Par ailleurs, les membres doivent disposer d’implantations industrielles, soit de production soit de R&D, sur le territoire français. Soit des critères d’entrée qui s’avèrent bien plus stricts qu’au Leem.


