
Substitut biosourcé aux plastiques conventionnels utilisable avec les mêmes procédés de transformation, absence de concurrence alimentaire ou de produit chimique nocif, recyclable en boucle ouverte ou fermée, le suédois Lignin Industries veut séduire les plasturgistes hexagonaux avec son mélange-maître Renol.
Le moment est opportun alors que la Commission européenne a publié le 27 novembre 2025 sa nouvelle stratégie pour la bioéconomie ! Productrice du Renol, un thermoplastique mêlant résidus forestiers et agricoles, et huiles biosourcée compatibles avec les procédés de transformation standard de la plasturgie, la société suédoise Lignin Industries déploie méthodiquement son activité dans l’Hexagone.
« Pour la Commission, les produits biosourcés doivent être considérés de la même façon que les autres. C’est une véritable reconnaissance règlementaire », souligne Édouard Chantegraille, responsable des ventes pour l’Europe du Sud de l’entreprise scandinave. Associé d’Addiplast Group, l’homme a quitté ses fonctions exécutives chez le spécialiste français de la formulation de compounds et de mélanges-maîtres pour rejoindre Lignin Industries en septembre 2025.
Objectif de la société Suèdoise en dehors de son pays d’origine : s’attaquer au marché hexagonal puis, à moyen terme, à ceux du Bénélux, de la Suisse, de l’Espagne et de l’Italie.
Version vierge ou recyclée
Doté d’une ligne d’une capacité de 2 000 tonnes annuelles, son site principal de production se situe à Knivsta, à proximité de l’aéroport de Stockholm. Plusieurs sous-traitants sont par ailleurs en appui : Trifilon, en Suède, avec 7 000 tonnes supplémentaires, alors qu’en France, Addiplast Group et, potentiellement, un autre partenaire dont le nom ne peut encore être révélé permettront d’atteindre fin 2026 une capacité de 15 000 tonnes. Soit, à moyen terme, une capacité globale annuelle de 24 000 tonnes à laquelle il faut ajouter celle du compounder et distributeur britannique Hellyar destinée à la production de granulés pour les clients ne souhaitant pas utiliser de mélange-maître.
Le produit est prioritairement proposé sous forme de masterbatch en poudre concentré en lignine (entre 50 et 70 %) sur une base polyéthylène (PE), polypropylène (PP) ou Acrylonitrile butadiène styrène (ABS) ainsi qu’une base additivé compatible pour les applications élatomérisées, TPV et Santoprene, qui sera commercialisée au début du primptemps 2026.
En fonction de leur cahier des charges, les transformateurs ajoutent entre 7 et 30 % de mélange-maître Renol à leur matrice. « Toutes les déclinaisons de la marque existent en version vierge ou recyclée post-consommation. En premier lieu, nous faisons systématiquement la promotion de la variante recyclée, mais pour certaines applications, seule la vierge permet d’atteindre les propriétés attendues », précise le responsable des ventes.
Atouts multiples
« Breveté, le Renol présente de nombreux atouts dont celui d’être issu d’une biomasse de deuxième génération, la lignine (lire encadré ci-dessous), un résidu de l’industrie forestière généralement enfoui ou incinéré et ne concurrençant pas la production alimentaire. Il représente en outre un substitut aux plastiques d’origine fossile, décarbonation à la clé. Autre intérêt de taille : sa transformation est possible en utilisant des procédés classiques avec des adaptations mineures des lignes de production », énumère Édouard Chantegraille. Commercialisé prêt à l’emploi et colorable, le produit permet par ailleurs la fabrication de pièces légères et plus résistantes, un avantage supplémentaire en termes d’empreinte carbone. Il est par ailleurs certifié recyclable dans les infrastructures existantes en boucle ouverte ou fermée tout en conservant ses propriétés mécaniques. Il n’intègre, en outre, selon Lignin Industries, ni solvant, ni produit chimique nocif…
« C’est un produit qui suscite beaucoup d’intérêt et répond aux demandes du marché à des niveaux de prix attendus par les donneurs d’ordres et les transformateurs. Il peut en outre constituer un pont entre emballages en papier et en PE, une solution hybride à faible impact carbone pour les marques qui refusent de se tourner à nouveau vers l’emballage plastique pour des questions d’image… », assure le responsable des ventes.
De l’emballage à la mobilité
Renol est ainsi, en combinaison avec du polyéthylène haute densité (PEHD), déjà utilisé pour la production de pochettes d’expédition destinées au e-commerce par la société croate Modepack par exemple. Il est également testé dans des applications industrielles par plusieurs partenaires commerciaux de Lignin Industries, notamment le constructeur de poids lourds suédois Scania. Les secteurs de l’électronique, des sports et loisirs ou encore du bâtiment peuvent également avoir recours à ce thermoplastique biosourcé.
En France, le premiers marché clé ciblé par Édouard Chantegraille est celui de l’extrusion de plaques ou de feuilles pour le thermoformage. Producteurs de films en PE et injecteurs, avec qui de premiers essais sont programmés début 2026, sont également dans sa ligne de mire. “Je me suis concentré sur les 20 % de décideurs et transformateurs les plus importants en termes de marché et d’implication dans l’économie circulaire”, explique le responsable des ventes qui aurait déjà séduit plusieurs futurs clients.
Ce que le Renol doit à la lignine
Le Renol de Lignin Industries est issu de lignine des zones centrales et supérieures, peu valorisées dans la filière bois, de bouleaux estoniens. La lignine est un coproduit d’ordinaire enfoui ou incinéré des procédés de fabrication du papier. Représentant environ 25 % du poids du bois sec et constituant des parois cellulaires des végétaux, ce biopolymère assure leur rigidité et leur croissance en largeur. D’où le potentiel de rigidité accru qu’apporte le Renol aux pièces en contenant. « Grâce à sa stabilité dimensionnelle élevée, les retraits restent identiques après transformation et substitution de matière vierge ou recyclé. Tandis que les charges à bases de lignine présentent des propriétés mécaniques similaires à celles de la cellulose et du talc à pourcentage équivalent », assure-t-on chez Lignin Industries. « Contrairement à d’autres fibres naturelles comme le lin, le chanvre, le miscanthus ou la cellulose, la lignine ne ralentit pas le procédé de transformation, ne se dégradant pas quand elle est soumise à une température de 230 °C », indique Édouard Chantegraille, responsable des ventes pour l’Europe du Sud de l’entreprise. La technologie de la société scandinave permet par ailleurs d’abaisser la température de transformation habituelle de 10 ou 15 °C, la lignine améliorant la fluidité du melt.


