
L’Ademe a partagé, le 6 janvier, une étude prospective relative à l’évolution de la consommation énergétique des datacenters en France. Selon les scénarios envisagés, ces infrastructures numériques pourraient consommer 7 fois plus d’électricité en 2060. Ou alors moitié moins, si l’engagement en faveur de la sobriété prévaut.
La consommation énergétique des datacenters, qui poussent comme des champignons, est à nouveau passée au crible. Après l’Agence internationale de l’énergie au printemps dernier ou encore l’association The Shift Project en octobre, l’Ademe a publié le 6 janvier son analyse de l’évolution de la consommation électrique de ces infrastructures numériques, évaluée à 11,6 térawatts-heure (TWh) pour l’année 2024 par The Shift Project. L’agence publique de la transition écologique, se concentrant sur les usages français, s’est livrée précisément à un exercice de prospection, conduit jusqu’en 2060, et a établi 5 scénarios.
Dans le scénario dit « tendanciel », la trajectoire actuelle est soutenue par les usages croissants liés à l’IA et la blockchain. L’Ademe estime alors que « la consommation d’électricité (des datacenters) induite par les usages français pourrait progresser d’un facteur 3,7 d’ici à 2035 ». Étant donné la perméabilité des frontières pour la plupart des services numériques, les deux tiers de cette électricité pourraient être consommés ailleurs qu’en France, dans des pays où le mix énergétique est défavorablement plus carboné. Par extrapolation, la consommation énergétique des fermes de données en France serait multipliée par 7 en 2060.
À l’inverse, le scénario « génération frugale », considéré comme « le plus engagé dans la sobriété », mise sur une forme de « dénumérisation », grâce à l’avènement de services non numériques ou faiblement numériques. L’usage de l’IA continuerait de se développer, mais dans une moindre mesure que précédemment. L’Ademe fait également part de l’écoconception pour réduire l’impact du numérique. Ce scénario, qu’on pourrait juger irréaliste tant les signes paraissent contradictoires, mènerait à une réduction de moitié de la consommation électrique des datacenters en France.
Le potentiel très variable de la récupération de chaleur fatale
L’Ademe envisage trois autres scénarios intermédiaires : la concertation avec les territoires pour cibler des usages prioritaires (santé, environnement, société…) en rapport avec les enjeux locaux, l’innovation technologique « verte » portée par l’IA ayant vocation à réduire les émissions de gaz à effet de serre d’autres secteurs d’activités et du numérique en général, et enfin le « pari réparateur ». Ce dernier, dont les explications manquent de clarté, évoque une « compensation des impacts » de notre mode de vie et des politiques publiques européennes pour diluer l’implantation des centres de données.
Pour finir, l’agence s’intéresse au potentiel de récupération de la chaleur fatale émise par les datacenters, une pratique encore rare, reconnait-elle. Ce potentiel net – la chaleur totale libérée par les datacenters pondérée par l’efficacité des systèmes de récupération de cette chaleur fatale – s’élevait à 1,77 TWh en 2024. D’après les projections de l’Ademe, il pourrait atteindre des valeurs comprises entre 4,09 TWh (cas de la génération frugale) et 12,94 TWh (cas tendanciel). En raison d’une température supérieure à la sortie des serveurs, le refroidissement direct par liquide, de plus en plus mobilisé pour refroidir les puces dédiées à l’IA, valorise d’autant plus cette chaleur.


