
La start-up Galeon lance une campagne de financement participatif sous forme d’obligations publiques afin de lever jusqu’à 8 millions d’euros. L’opération doit permettre d’accélérer le déploiement de son dossier patient en France et à l’international dans un contexte de forte contrainte budgétaire pour les hôpitaux.
La société annécienne Galeon annonce ce 7 janvier 2026 une nouvelle opération de financement sous la forme d’obligations publiques. Objectif : lever jusqu’à 8 millions d’euros pour soutenir le déploiement de son “dossier patient intelligent” en France et à l’international.
Rendre exploitable les données hospitalières
Fondée il y a une dizaine d’années par Loïc Brotons, médecin anesthésiste-réanimateur et actuel CEO, Galeon s’est construit à partir d’un constat de terrain : l’inexploitabilité des données hospitalières. “Je me suis rendu compte que les données étaient très mal rangées, organisées et surtout inutilisables pour l’intelligence artificielle”, explique le fondateur, sollicité par L’Usine Digitale.
Contrairement aux logiciels hospitaliers historiques, Galeon revendique une approche “IA native”. “Nous avons construit Galeon en structurant la donnée dès l’origine, avec des nomenclatures internationales, pour qu’elle soit comparable, partageable et exploitable”, détaille le CEO.
Un outil central du quotidien hospitalier
Le logiciel se positionne comme l’outil central du quotidien hospitalier. En effet, le dossier patient – dont chaque personne ayant bénéficié d’un soin dispose – regroupe l’ensemble des informations médicales et administratives d’une personne (antécédents, diagnostic, traitement…).
« Tous les soignants — médecins, infirmiers, sages-femmes — utilisent Galeon pour créer l’information médicale, prescrire et suivre les patients“, résume Loïc Brotons. La solution permet également de transférer automatiquement et de manière sécurisée les informations médicales d’un établissement à l’autre.
18 hôpitaux séduits
Déployée dans 18 hôpitaux publics français, couvrant déjà environ 3 millions de patients, la plateforme intègre plusieurs briques alimentées par l’IA. Parmi les cas d’usage : l’interprétation des ordonnances scannées aux urgences, la reconnaissance vocale pour la saisie ou la prescription, ou encore le codage médico-économique automatisé. “Ce n’est pas très sexy, mais c’est crucial pour les hôpitaux”, reconnaît le fondateur. Le bon codage permet de facturer au juste prix. Les soignants gagnent du temps, et l’hôpital sécurise ses revenus.«
Sur le plan technique, Galeon est certifié “hébergeur de données de santé” (HDS) et les données traitées sont stockées dans trois data centers situés en France, avec une architecture redondante. “En cas d’incident, le service bascule sans interruptionexplique le dirigeant. Les hôpitaux dépendent de ces outils 24 heures sur 24. On ne peut pas se permettre d’arrêter« .
Les freins liés aux contraintes budgétaires
Si l’adoption par les soignants ne pose guère de difficulté, la contrainte est désormais financière. “Tous les hôpitaux sont en déficit, ou presque. Les budgets sont gelés alors que les charges explosent», précise Loïc Brotons. «Notre solution leur fait gagner de l’argent, mais il faut investir au départ. Beaucoup de projets sont décalés”, ajoute-t-il.
Cette situation pousse Galeon à accélérer son développement à l’étranger, notamment en Suisse, en Belgique et au Luxembourg, où les établissements disposent de marges de manœuvre budgétaires plus importantes.
Lancement d’un financement participatif
Pour accompagner cette phase de croissance, Galeon fait le choix d’un financement participatif plutôt qu’une levée de fonds classique. L’entreprise propose des obligations publiques rémunérées à 8% sur sept ans, pour un montant compris entre 400 et 100 000 euros, avec un objectif maximal de 8 millions d’euros.
Un choix assumé, selon Matthieu Gueniffey, cofondateur et directeur des opérations : “cela permet de garder notre ADN communautaire et notre indépendance« . Loïc plein Brotons : « nous construisons une cathédrale, un projet de long terme. Les fonds de capital-risque raisonnent à cinq ou six ans. Nous, c’est vingt ans».
Le dirigeant ne cache pas les enjeux stratégiques liés aux données de santé. “Nous avons déjà des données de plusieurs millions de patients. Elles ont une valeur énorme. Certains grands acteurs technologiques aimeraient y avoir accès. Nous voulons éviter toute pression qui nous forcerait à vendre”, analyse le CEO.
Un socle pour la médecine prédictive
À terme, Galeon ambitionne de faire de son dossier patient intelligent un socle pour la médecine prédictive, en s’appuyant sur des données continues, comparables et interopérables à grande échelle. “Identifier des signaux faibles, anticiper les risques avant l’apparition des symptômes : c’est cela que permet une donnée bien structurée et qui circule”, résume Loïc Brotons.
Déjà partenaire de Samsung sur les dispositifs connectés, Galeon entend désormais convaincre investisseurs et établissements que l’infrastructure numérique hospitalière est un levier clé pour transformer durablement le système de santé français.


