La Maison Blanche se prépare à rencontrer les dirigeants des «majors» américaines pour discuter du Venezuela, quelques jours après l’opération militaire des États-Unis et la capture du président Nicolas Maduro samedi 3 janvier. Le Venezuela possède parmi les plus grandes réserves pétrolières du monde.
Donald Trump a appelé samedi 3 janvier les compagnies pétrolières américaines à investir des milliards dans l’or noir vénézuélien, après la capture du président Nicolas Maduro par les forces spéciales américaines. Les trois plus grandes «majors» américaines, Exxon Mobil, ConocoPhillips et Chevron, n’ont pourtant pas encore échangé avec Washington, a appris l’agence Reuters de quatre dirigeants du secteur. L’administration du président américain prévoit en revanche de rencontrer dans le courant de la semaine leurs dirigeants, a indiqué une source informée de ce projet. Ces propos contredisent ainsi ceux du président américain. Donald Trump avait affirmé au cours du week-end avoir des échanges avec «toutes» les entreprises pétrolières américaines, aussi bien avant qu’après la capture de Nicolas Maduro à Caracas dans la nuit de vendredi 2 à samedi 3 janvier.
Les majors pas encore consultées
«Personne dans ces trois entreprises n’a eu de conversation avec la Maison Blanche au sujet de l’exploitation au Venezuela, que ce soit avant ou après le renversement (de Nicolas Maduro), à ce stade», a dit l’une des sources. On ignore quels dirigeants de quelles compagnies sont susceptibles de participer à ces rencontres avec l’administration Trump et si celles-ci seront individuelles ou collectives. Un dirigeant du secteur a noté à Reuters que les entreprises seraient réticentes à discuter collectivement avec la Maison Blanche de leurs éventuelles opérations au Venezuela, en raison des règles en matière de concurrence qui encadrent les échanges collectifs sur les projets d’investissement, le calendrier et les niveaux de production.
La Maison Blanche ne s’est pas exprimée sur ces éventuels entretiens, mais a fait savoir sa conviction que le secteur pétrolier américain était prêt à investir au Venezuela pour y reconstruire les infrastructures nécessaires à l’exploitation des gisements. Les trois entreprises n’ont pas répondu dans l’immédiat aux demandes de commentaire. Lundi 5 janvier, à Wall Street, Exxon Mobil et Chevron ont bondi de 2,3% et 5,1% respectivement dans les premiers échanges , tandis que ConocoPhillips, et Halliburton prenaient 5,9% et 7,6%.
Des années de travail et des milliards d’investissements
Avec la capture de Nicolas Maduro, transféré aux Etats-Unis pour y être jugé pour narcoterrorisme, accusation que le dirigeant vénézuélien rejette, l’administration Trump espère favoriser le retour des «majors» américaines du pétrole dans ce pays d’Amérique latine, qui dispose des plus importantes réserves connues au monde. Après la décision de l’ancien président Hugo Chavez il y a près de 20 ans de nationaliser l’activité pétrolière vénézuélienne, Exxon et ConocoPhillips ont quitté le pays et ont engagé de longues procédures en justice contre l’Etat vénézuélien. Parmi les grandes compagnies américaines, seul Chevron est encore présent au Venezuela.
La production du pays ne représente plus qu’environ un tiers du pic atteint au cours des deux dernières décennies en raison d’un manque d’investissement et de sanctions internationales. Chevron exporte environ 150000 barils par jour de brut du Venezuela vers les terminaux de la côte des États-Unis sur le golfe du Mexique.
Pour les analystes du secteur, relancer la production vénézuélienne nécessitera des années de travail et des milliards de dollars d’investissements, sans compter les grandes incertitudes quant à l’avenir institutionnel du pays, au cadre juridique de l’activité et à la stabilité à long terme de la politique des États-Unis à l’égard du Venezuela. «Je ne pense pas que vous allez voir la moindre entreprise autre que Chevron, qui est déjà sur place, s’engager à développer ces ressources», a parié un dirigeant du secteur pétrolier américain.
Jarrett Renshaw et Sheila Dang, rédigé par Richard Valdmanis, version française Bertrand Boucey (Reuters)


