Ad image

faut-il s’inquiéter pour Carbios ?

Service Com'
Lu il y a 5 minutes



La start-up clermontoise de chimie verte Carbios s’industrialisera d’abord en Chine plutôt en qu’en Lorraine. Une décision qui intervient quelques mois après la sortie du fondateur, inquiet que la technologie ne fuite à l’étranger.

D’abord la Chine. Après, la Lorraine. Peut-être. La toute première usine de Carbios ne sera pas française, mais chinoise. Son démarrage est programmé au premier trimestre 2027, soit au moins un trimestre avant celui que Carbios projette toujours pour l’usine qui devrait être construite à Longlaville, en Meurthe-et-Moselle.

Voilà ce qui résulte de l’accord, officialisé le 2 décembre, de la start-up clermontoise de chimie verte avec le groupe chinois Wankai. Carbios et son partenaire construiront l’an prochain une unité d’une capacité de traitement de déchets de polyéthylène téréphtalate (PET) de 50000 tonnes par an à Haining. Unité qui sera ainsi la première à déployer à échelle industrielle la technologie enzymatique de Carbios pour le biorecyclage de ce plastique, utilisé en masse pour le conditionnement des boissons.

Une rampe de lancement ?

A première vue, ce projet pourrait être la rampe tant attendue du lancement industriel de Carbios, avec des conditions intéressantes. L’usine sera financée à 70% par Wankai, pour un coût estimé à 115 millions d’euros. Une somme deux fois moindre par rapport à l’usine ambitionnée en Lorraine, en particulier car Wankai apporte un site existant et déjà équipé d’utilités.

L’accord permet d’autant plus alléger la pression financière pour Carbios que son partenaire garantit par ailleurs la totalité de l’endettement. Cette aventure chinoise correspond aussi à la stratégie de licences que Carbios a toujours souhaité mener à l’international, comme avec ces derniers mois des discussions entamées pour d’éventuelles usines en Turquie et au Royaume-Uni.

Le financement de l’usine lorraine toujours pas bouclé

Mais avec un peu de recul, ce premier projet suscite quelques inquiétudes, en premier lieu pour le projet lorrain. Car le chantier, comme la décision finale d’investissement, sont toujours en suspens, plus d’un an et demi après la pose de la première pierre.

L’entreprise n’a pas encore bouclé le financement. Certes, les 42,5 millions d’euros de subventions publiques (30 millions à venant de France 2030 et 12,5 millions de la région Grand Est) sont sécurisés. Mais pas le cofinancement avec des partenaires, comme Indorama, le producteur thaïlandais de PET qui dispose d’une usine voisine, qui a vendu à Carbios le terrain d’implantation d’un peu plus de 13 hectares, et qui devait initialement engager 110 millions d’euros sur les 230 millions du projet.

Selon un porte-parole joint début décembre, «des discussions sont toujours en cours avec des partenaires et un point d’étape est prévu fin décembre». D’autre part, Carbios vise aussi, avant de se lancer, à sécuriser par contrat 70% des volumes de son PET recyclé. A fin novembre, les contrats signés atteignaient 50% des volumes.

Enfin, il y a tout juste un an, en plus d’une coupe de 40% dans ses effectifs, Carbios a traversé une grave crise de gouvernance. En claquant la porte en mars dernier, son fondateur Philippe Pouletty priait la direction de «protéger ce fleuron industriel français détenteur d’une technologie propriétaire unique des approches d’acteurs étrangers venant de pays aux pratiques industrielles, réglementaires et éthiques éloignées des nôtres».

Wankai au capital de Carbios en 2026

Le rapprochement avec Wankai doit-il ainsi être jugé inquiétant ? Car en plus de prendre en charge 70% du financement et d’établir les premières productions commerciales en Chine, le nouveau partenaire chinois de Carbios doit aussi entrer à son capital, d’ici à juin 2026, pour un montant de 5 millions d’euros. Cela resterait toutefois modeste, de l’ordre de 2% à 3% selon la capitalisation boursière à mi-décembre. Soit à la hauteur d’actionnaires comme le groupe L’Occitane ou Michelin Ventures, et deux fois moins que le premier actionnaire, le fonds BOLD du groupe L’Oréal.

Cette annonce a semblé satisfaire les investisseurs. Le cours de bourse avait bondi d’environ 9 euros l’action jusqu’à plus de 15 euros quelques jours après l’annonce. Mais il était redescendu aux environs de 11 euros fin décembre. Reste désormais à attendre une annonce définitive, positive ou négative, en Lorraine.



Source link

Share This Article
Laisser un commentaire