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ZATAZ » Un ancien policier arrêté pour avoir protégé des centres d’appels pirates

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Lu il y a 6 minutes


L’arrestation d’un ancien patron des services rebat les cartes. Les procureurs l’accusent d’avoir monnayé sa protection, notamment au bénéfice de centres d’appels frauduleux ciblant des victimes partout dans le monde.

Fin décembre, les procureurs géorgiens ont arrêté Grigol Liluashvili, ex-directeur du service de sécurité de l’État (2020 à avril 2025), soupçonné d’avoir accepté des pots-de-vin, dont des paiements liés à la protection de centres d’appels frauduleux. Selon l’accusation, malgré une campagne officielle contre ces arnaques, des dizaines de structures auraient continué d’opérer. Les enquêteurs estiment à environ 1,4 million $ (1,26 million d’euros) les sommes reçues.

Une arrestation au cœur des services, et des soupçons de « protection »

Dans la revue de presse de ZATAZ, il y a des sujets qui auraient pu passer à côté de notre veille. Les articles en Géorgiens ne sont pas les plus faciles à lire. Mais l’affaire de Grigol Liluashvili, qui a dirigé le service de sécurité de l’État de 2020 jusqu’à avril 2025, m’a convaincu que le sujet allait vous interesser. L’homme de pouvoir a été interpellé fin décembre 2025. Avant d’être placé en détention, il s’est présenté au parquet pour être entendu. Face aux journalistes, il avait assuré ne pas connaître les détails du dossier. Interrogé sur un éventuel risque d’arrestation, il avait même répondu : « Everything is God’s will. » [Tout est la volonté de Dieu.]

Le volet central des accusations vise des faits de corruption dans plusieurs procédures pénales. Les procureurs affirment que l’ancien chef du renseignement intérieur aurait accepté des pots-de-vin, notamment en échange d’une forme de bouclier autour de centres d’appels frauduleux installés en Géorgie. Le mécanisme allégué est simple dans sa logique et redoutable dans ses effets cyber : un appareil de protection, quand il existe, réduit le risque opérationnel des escrocs, stabilise leurs infrastructures humaines et techniques, et leur laisse le temps d’industrialiser la fraude à distance.

Les procureurs insistent sur un paradoxe politique et sécuritaire. Alors qu’une campagne gouvernementale était censée cibler ces opérations d’arnaque, des dizaines de centres auraient continué à tourner. Dans ce dossier, la question n’est pas seulement l’existence de fraudes, déjà documentées, mais l’hypothèse d’une connivence au sommet, au sein de l’institution chargée de détecter, prévenir et neutraliser les menaces.

Les témoignages cités par l’accusation décrivent un paysage fragmenté. Une partie des centres serait liée à un groupe finançant des médias d’opposition. D’autres auraient fonctionné, selon les enquêteurs, sous la protection de Grigol Liluashvili via un membre de sa famille, Sandro Liluashvili. Les procureurs avancent un montant d’environ 1,4 million $ reçu sous forme de pots-de-vin, en transitant par ce proche.

Les enquêteurs examinent aussi l’idée d’une dissimulation active. Toujours selon les procureurs, Grigol Liluashvili et des complices auraient contribué à masquer l’existence de ces centres.

 

 

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Centres d’appels frauduleux : l’ombre d’un modèle industriel

Le dossier prend une dimension internationale par la nature même des centres d’appels frauduleux : ils opèrent à distance, visent des cibles étrangères, et exploitent la confiance, l’urgence, parfois l’ingénierie sociale. Les procureurs ne détaillent pas quelles structures précises Grigol Liluashvili est soupçonné d’avoir protégées. Ce silence sur l’identification des centres complique l’évaluation publique de l’ampleur exacte, mais n’atténue pas le cœur du soupçon : une protection institutionnelle présumée, capable de rendre une fraude plus durable.

Plus tôt dans l’année, des journalistes d’investigation ont mis au jour un centre majeur à Tbilissi. Le lieu, rapportent-ils, se trouvait à quelques mètres du siège du service de sécurité de l’État, une proximité lourde de sens dans un pays où la surveillance et le contre-espionnage s’imbriquent souvent avec la vie politique. L’opération aurait employé environ 85 personnes. Les enquêteurs et journalistes estiment qu’elle a généré 35,3 million $ depuis mai 2022, sur plus de 6 100 victimes à travers le monde.

Après la publication de l’enquête, les procureurs ont gelé des avoirs liés à ce centre d’appels. Puis, en octobre, les autorités ont perquisitionné les domiciles de plusieurs figures de premier plan, dont un ancien Premier ministre, un ancien procureur général et Grigol Liluashvili lui-même. Son cousin Sandro a ensuite été arrêté, poursuivi pour fraude et blanchiment. Ce chaînage, enquête médiatique, mesures patrimoniales, raids, arrestations, montre une montée en puissance judiciaire, mais aussi un bras de fer implicite : toucher à des réseaux de fraude, c’est aussi toucher aux protections qui les rendent possibles.

Si Grigol Liluashvili est reconnu coupable, il risque jusqu’à 15 ans de prison. Au-delà de la peine, l’affaire pose une question de sécurité numérique très concrète : combien de temps des centres d’appels peuvent-ils prospérer quand ceux qui devraient les traquer sont soupçonnés de les couvrir, et que l’information elle-même devient une monnaie d’échange ?

 

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