En clôture des assises de la recherche partenariale qui s’est tenue le 2 décembre 2025, à l’institut de France, quelles visions défendent les industriels et les chercheurs pour transformer l’excellence scientifique française en innovations industrielles ?
transformer l’excellence scientifique française en innovations industrielles ?
Organisées par l’ANRT (Association Nationale de la Recherche et de la Technologie) et en partenariat avec le Medef, AFCRT (association française des centres de ressources technologiques) , AICarnot, ASRC (association des sociétés de recherche sous contrat), Cetim, Comité Richelieu, France Industrie, Réseau CTI (centres techniques industriels) avec le support d’AEF Info, les assises de la recherche partenariale a réuni l’ensemble des acteurs de la recherche et de l’innovation en France (entreprises, acteurs publics de la recherche, institutions publiques, acteurs associatifs, territoriaux et politiques). Ces Assises se sont ouvertes avec l’intervention de Patrice Caine, président de l’ANRT (association nationale de la recherche et technologie) et PDG du groupe Thales, qui a rappelé : « la coopération entre chercheurs et industriels est au cœur de notre capacité à produire des innovations décisives », soulignant combien cette collaboration est essentielle pour le pays et les entreprises.
Cet évènement se place dans le contexte des assises de la recherche en 2004, à Grenoble, qui ont fait suite aux états généraux.
Vingt ans plus tard…
…Les assises 2025 ont mis en lumière le rôle central de la R&D dans la souveraineté économique et la réussite des transitions industrielles et environnementales. Patrick Martin, président du Medef insiste : « la recherche partenariale est la clé de notre souveraineté et de notre prospérité ; le rapport Draghi l’a bien formalisée. L’Europe doit se positionner sur une technologie de rupture. C’est un pari sur l’avenir ». Dans un contexte mondial où la compétition technologique s’est sensiblement intensifiée, avec l’entrée de la Chine en tant que compétiteur majeur, l’urgence d’innover et de produire en France n’ont jamais été aussi forts. Olivier Redoulès, directeur des études de Rexecode, va plus loin : « l’affaiblissement de l’innovation en France, et plus globalement en Europe, constitue un véritable danger. Ce n’est pas seulement un péril économique, c’est une menace pour le fonctionnement de notre société et pour notre souveraineté nationale ». Pour étayer ses propos, il explique : « la productivité du travail est le moteur de la progression du revenu par habitant. Elle repose en premier lieu sur l’innovation et l’investissement, les deux étant indissociables ». Le ministre Philippe Baptiste a donné le ton : consolider les liens entre recherche publique et recherche privée est un enjeu stratégique majeur.
Des éléments chiffrés
Rexecode a publié une étude avec European Employer Institute montrant que la productivité en Europe a crû de 0,5 %par an entre 2019 et 2024, contre 1,9 % aux États-Unis, soit quatre fois moins vite. En France, elle a même diminué, un phénomène qui ne s’explique pas uniquement par l’essor de l’apprentissage. Une autre lecture des études de Rexecode : le déficit de R&D et d’innovation en France. Selon les chiffres de 2023, la dépense totale de R&D en France est de 2,2 % du PIB, contre 2,3 % en moyenne dans l’UE, 2,6 % en Chine, 3,4 % aux États-Unis et 3,6 % en Suède. Cependant, la dépense publique représente 0,8 % du PIB, soit la moyenne de l’UE, le même niveau qu’aux États-Unis, et davantage qu’en Chine (si on fait confiance à ses chiffres !). Il n’y a donc pas forcément de raison d’augmenter la dépense publique de R&D, mais il faudra la rendre plus impactante pour l’innovation. La question fondamentale, dans un contexte de contrainte sur nos finances publiques, est : commentaméliorer l’effet d’entraînement de la recherche publique sur la recherche privée ? La recherche partenariale est un axe de progrès majeur où la France accuse d’ailleurs un retard important. Le véritable enjeu est de relever la R&D privée, qui n’est que de 1,4 % du PIB en France, contre 2,7 % aux États-Unis ou en Suède. La R&D privée est un investissement ; si elle ne se fait pas en France, c’est qu’elle n’y est pas jugée assez rentable.
Diagnostic lucide et visions partagées
Lors de la table ronde, les industriels partagent leurs analyses et propositions. Selon Carole Gratzmuller, multicasquette (présidente d’Etna Industrie, présidente du Cetim et présidente des Femmes chefs d’entreprises), les enjeux économiques sont à la fois liés à la productivité et à la règlementation en citant en exemple PFAS et Reach. Un enjeu, tout aussi crucial, cité par Jérôme Christin, vice-président R&D du groupe Air Liquide, est l’accès aux compétences : « à Pékin, Shangaï ou à Séoul, l’innovation va très vite. La recherche partenariale est alors un enjeu existentiel pour toutes les entreprises». Les participants ont salué la stabilité de plusieurs dispositifs clés, notamment le CIR (le crédit d’impôt recherche) et les Cifre (le dispositif des Conventions industrielles de formation par la recherche), qui irriguent l’écosystème et soutiennent la R&D. La demande est claire : stabiliser, concentrer, simplifier et offrir une visibilité pluriannuelle. Les retours d’expérience internationaux montrent également la nécessité d’une vision longue, d’une culture du risque, d’infrastructures performantes et de moyens cohérents avec les ambitions. Au fil des prises de parole, une idée s’est imposée : l’équipe France de la recherche et de l’innovation doit jouer collectif qui doit également se concevoir à l’échelle européenne, indispensable pour disposer de capacités de recherche et d’innovation à la hauteur de la compétition mondiale. Les représentants des principales tendances politiques se sont également exprimés en fin de journée. Planification, orientation, financement sont des visions globalement partagées sur la nécessité de préserver la qualité de la recherche française et sur un besoin de soutenir des visions de long terme.


