
[Nucrazy : ces start-up états-uniennes qui veulent révolutionner le nucléaire 3/3] Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, les Etats-Unis cherchent à relancer à plein régime leur industrie nucléaire, présentée comme l’une des clés pour répondre aux besoins énergétiques du pays. De nombreuses start-up entendent bien surfer sur cette vague atomique, en se démarquant grâce à des solutions… originales. Aujourd’hui, focus sur Maritime Fusion, une société qui souhaite voir la fusion prendre le large.
En janvier 1955, l’USS Nautilus, un sous-marin de la Marine des États-Unis, devenait le premier navire à propulsion nucléaire de l’histoire. Depuis, environ 400 bateaux de ce type ont été construits dans le monde, très majoritairement des bâtiments militaires, mais aussi quelques cargos et brise-glaces. Fondée en 2024 à San Francisco par d’anciens cadres de Tesla et SpaceX, la start-up Maritime Fusion entend généraliser le recours à l’atome en mer… grâce à la fusion nucléaire.
Mise en service prévue en 2032
L’entreprise, qui a annoncé fin novembre avoir levé 4,5 millions de dollars, estime que cette technologie, dont la viabilité commerciale reste encore à prouver, aurait tout intérêt à se développer, au moins dans un premier temps, sur les flots. «Sur le réseau terrestre, la concurrence avec les énergies renouvelables, comme le solaire et l’éolien, est extrêmement difficile d’un point de vue économique», a déclaré Justin Cohen, PDG de la start-up, au média spécialisé TechCrunch. En mer, en revanche, la fusion pourrait selon lui s’imposer comme une alternative bon marché au diesel et au fioul lourd. Responsable d’environ 3% des émissions mondiales de CO₂, le transport maritime mise aujourd’hui principalement sur l’ammoniac et l’hydrogène pour se décarboner, mais ces derniers restent assez coûteux.
Les fonds levés par Maritime Fusion serviront avant tout à affiner le concept de son premier réacteur à fusion naval, baptisé Yinsen. En matière de technologie, elle a choisi d’opter pour un tokamak, le design qui remporte actuellement le plus de succès parmi les promoteurs de la fusion, mais le sien se distinguerait par ses huit mètres de diamètre et ses 30 MW. Une capacité bien plus faible que les projets les plus avancés (Commonwealth Fusion Systems, leader de cette filière naissante avec 3 milliards de dollars levés, estime que son réacteur commercial disposera de 400 MW), mais suffisante pour alimenter n’importe quel navire. La route sera longue, prévient la société. Yinsen nécessitera selon elle 1,1 milliard de dollars de financement avant sa mise en opération, prévue pour 2032.
Commercialisation de câbles supraconducteurs
Pour mener à bien son projet, la start-up devra relever de multiples défis, parmi lesquels la stabilisation du plasma, malgré le roulis et le tangage, ou encore la sélection d’équipements capables de durer sur le long terme, malgré la corrosivité de l’eau de mer. Par ailleurs, elle devra définir un cadre précis pour le déroulement des opérations de maintenance et compter sur le bon vouloir des autorités, ces dernières n’ayant encore jamais statué sur d’éventuels réacteurs à fusion maritimes.
En parallèle, la société a commencé à assembler des câbles supraconducteurs à haute température (HTS) à partir de rubans qu’elle achète auprès de divers fournisseurs, principalement japonais. Ces câbles constitueront à terme la base des puissants aimants dont le tokamak aura besoin pour confiner le plasma nécessaire aux réactions de fusion, mais Maritime prévoit tout d’abord de les vendre à d’autres entreprises, notamment spécialisées dans les datacenters. De quoi lui permettre de générer des revenus pendant le développement de son réacteur, ou même de virer complètement de bord si son projet de fusion finit par tomber à l’eau.


