
L’industrie de l’armement manque cruellement de bras, ce qui limite ses capacités de production. Un risque en cas de conflit de haute-intensité.
L’industrie de l’armement manque de bras. Lors des Assises de l’Industrie organisées par L’Usine Nouvelle le 5 novembre dernier, le témoignage du patron d’Eurenco, le premier fabricant de poudres et d’explosifs en Europe, était édifiant. «Je pourrais livrer deux fois, trois fois, quatre fois plus», précisait Thierry Francou. Hélas, son entreprise manque de personnels formés pour livrer les commandes passées par les fabricants d’obus.
Il se désole qu’il n’y ait pas en France d’écoles d’ouvriers et techniciens poudriers, alors que l’entreprise a investi 650 millions d’euros pour doubler ses capacités industrielles d’ici à 2028. Eurenco embauche donc des salariés… qu’il forme lui-même. Il s’est doté d’un campus de formation sur son site de Bergerac (Dordogne) et a recours au compagnonnage. Son effectif est passé de 900 à 1 700 salariés entre 2019 et aujourd’hui, pour atteindre 2 000 salariés d’ici à dix-huit mois.
Eurenco n’est pas un cas isolé. Les grands maîtres d’œuvre de l’industrie de défense (KNDS, MBDA, Safran, Thales…) cherchent à recruter à tour de bras. Inquiète, la Direction générale de l’armement (DGA) a réalisé un audit fin 2024 sur l’emploi dans ce secteur. Il manque des chaudronniers, des électriciens, des soudeurs, des magasiniers… Soit au total 10 000 postes à pourvoir ! Il faut des renforts.
Pour produire les millions de drones kamikazes nécessaires en cas de conflit de haute intensité, la DGA se tourne vers les industriels civils, comme ceux de l’automobile qui savent produire en masse. Des tests de production auront lieu en 2026. L’heure de la mobilisation industrielle a sonné. #


