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au Bourget, un projet de datacenter cristallise l’opposition des riverains

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Lu il y a 11 minutes



Une pétition réclamant l’arrêt du projet de datacenter porté par Segro au Bourget (Seine-Saint-Denis) a dépassé les 18000 signatures. Plusieurs risques environnementaux et sanitaires sont dénoncés, illustrant l’impact de ces immenses infrastructures informatiques amenées à se multiplier en France.

Un cas d’école des risques environnementaux et sanitaires que représentent les datacenters. Le projet porté par la société d’aménagement Segro au Bourget (Seine-Saint-Denis) fait l’objet d’une contestation inédite. Une pétition en ligne, lancée par un collectif de riverains réclamant l’arrêt du projet, a collecté plus de 18000 signatures… alors que la ville compte 15000 habitants. Des résidents de Drancy, ville située à 800 mètres du site d’implantation et dont la municipalité a fait publiquement part de ses réserves sur ce projet, sont également nombreux à avoir signé.

La contestation se base essentiellement sur l’avis consultatif de la Mission régionale d’autorité régionale (MRAe) de l’Ile-de-France, rendu en juin. Si la plupart des caractéristiques du projet sont communes à de nombreux datacenters prévus ou implantés, le choix d’un site situé dans une zone urbaine dense les rend plus préoccupantes. La friche industrielle de 4,1 hectares visée par Segro, une ancienne plateforme logistique des magasins H&M, se situe à moins de 500 mètres de plusieurs établissements accueillants du public : une mosquée, une maison de retraite, deux crèches et six établissements scolaires. Surtout, les premiers logements sont à 28 mètres. De quoi donner une teinte particulière aux risques soulevés. Contacté par L’Usine Nouvelle, Segro a indiqué ne pas vouloir s’exprimer à ce stade du projet.

33 groupes électrogènes, du bruit et du dioxyde d’azote

Parmi les principaux enjeux environnementaux identifiés par l’Autorité environnementale figure la pollution sonore. Comme tout datacenter, celui envisagé par Segro sera équipé de groupes électrogènes de secours, 33 en l’occurrence, là pour prendre le relais de l’alimentation électrique en cas de défaillance du réseau. Chacun fonctionnera 30 heures par an pour les tests et la maintenance. De quoi générer un bruit perceptible par les riverains au moins 99 jours dans l’année, estime la MRAe. «Les groupes électrogènes, ce sont du bruit supplémentaire et des émissions de dioxyde d’azote, même quand ils ne tournent que quelques heures par mois», souligne un expert du sujet, faisant référence au gaz émis par les véhicules thermiques, connu pour être nocif pour la santé respiratoire. Sans oublier qu’ils peuvent fonctionner en continu. «En 2020, un incendie a obligé le datacenter des Ulis, dans l’Essonne, à fonctionner sur des groupes électrogènes pendant 270 heures, soit plus de 11 jours», rappelle Jean-Marie Baty, président du MNLE93, la section départementale du Mouvement National de Lutte pour l’Environnement.

Pour réduire la pollution générée par ces groupes électrogènes, Segro indique qu’ils fonctionneront avec du HVO, une huile végétale hydrotraitée. Mais «le maître d’ouvrage ne s’interdit pas en pratique d’avoir recours à un combustible fossile, moins cher, à la place de son équivalent renouvelable», note la MRAe. En l’occurrence du fioul domestique. Interrogé en avril par Reporterre quand il était encore président de la MRAe d’Ile-de-France, Philippe Schmit ne cachait pas sa crainte d’une certaine hypocrisie sur ce sujet. «Les niveaux de production en France et en Europe de HVO ne permettent pas du tout d’alimenter les datacenters», avait-il alors souligné. «L’HVO étant beaucoup plus chère et légèrement surconsommée par rapport au fioul, de l’ordre de 3%, la tentation sera grande de mettre du fioul dans les cuves à la place de l’HVO, en arguant de son indisponibilité», pointe Marie-Paule Direur, la porte-parole du collectif de contestation.

Une étude acoustique incomplète et biaisée

L’autre source de pollution sonore, constante celle-là, se trove dans les systèmes de refroidissement des datacenters. Au Bourget, une climatisation est prévue pour les salles et un circuit de refroidissement fermé, alimenté par un fluide frigorigène, pour les racks, documente la MRAe. «Dans les datacenters, les échangeurs de chaleur sont souvent installés sur les toits, pour capter l’air ambiant et pour une question de place, observe notre source qui a souhaité garder l’anonymat. Mais cela génère des petits claquements permanents. Sans écrans phoniques puissants, les riverains entendent énormément de bruit. Au datacenter de Marcoussis, ceux situés à 500 mètres se plaignent du bruit, alors imaginez au Bourget où des habitants seront à moins de 50 mètres !»

Un sujet qui inquiète déjà les riverains. «D’après l’étude d’impact de Segro, les groupes électrogènes et systèmes de refroidissement génèreront un bruit de 50 à 70 décibels, dépassant les seuils recommandés par l’OMS [organisation mondiale de la santé], ce qui pourrait entraîner des troubles de santé», souligne Marie-Paule Direur, qui a fait remonter ce point lors de la consultation menée dans le cadre de l’enquête publique, dont le rapport est attendu début janvier 2026.

Des chiffres sûrement en-deçà de la réalité. Car à la lecture de l’avis de la MRAe, l’étude acoustique fournie par Segro apparaît incomplète et biaisée. L’Autorité environnementale note que les deux points choisis pour effectuer les mesures «ne sont pas représentatifs du risque le plus important pour la santé humaine», car situés derrière une barre d’immeuble et un bâtiment industriel, qui jouent le rôle d’écran phonique. Par ailleurs, «trois des quatre dates [choisies pour les mesures acoustiques, NDLR] se situent en période de vacances scolaires et ne sont donc pas représentatives», note la MRAe, qui appelle l’aménageur à compléter son étude.

Cuves de combustible et batteries lithium-ion, un cocktail explosif

Pour ses groupes électrogènes, le datacenter stockera 1700 m3 d’HVO – ou de fioul en cas d’indisponibilité – répartis dans 17 cuves enterrées. Il sera en plus équipé de batteries lithium-ion, pour une puissance totale de 81135 mégawatts. De quoi créer des risques pour l’environnement et la santé en cas de fuite, d’explosion ou d’incendie.

«Les fumées générées par un incendie de batteries contiennent des composés préoccupants, tels que le monoxyde de carbone, le fluorure d’hydrogène et des métaux (cobalt, nickel, lithium), présentant un risque toxique pour les populations avoisinantes», rappelle la MRAe, qui indique que 34 accidents impliquant des batteries lithium-ion ont déjà eu lieu en France, principalement des incendies et explosions. L’un d’eux avait affecté 1200 batteries au lithium dans un datacenter à Saint-Trivier-sur-Moignans (Auvergne-Rhône-Alpes), en 2023. «Le risque que ce datacenter prenne feu, alors qu’il est à proximité immédiate d’habitations, écoles et maison de retraite nous fait très peur», confie Marie-Paule Direur.

Ilots de chaleur et amplifications des canicules

La chaleur évacuée par les toits risque de créer des ilots de chaleur en été. Mais «l’étude d’impact [de Segro] est totalement muette sur les éventuels effets amplificateurs de canicules dus à la présence du centre de données», observe la MRAe. Celle-ci estime tout de cas qu’«en cas de canicules, a fortiori si celles-ci sont entretenues par le phénomène de dôme de chaleur, l’énergie thermique [dégagée par les échangeurs de chaleur] sera difficilement évacuée et risque donc de renforcer l’intensité de ces canicules».

Pour réduire son impact, Segro évoque un projet de récupération de la chaleur fatale. Sauf qu’aucun contrat n’a été officiellement signé entre l’aménageur et Coriance, la société qui exploite le réseau de géothermie le plus proche. Cela «rend très illusoire cet élément du projet», considère la MRAe. «Si le datacenter finit par alimenter un réseau de chaleur, il ne pourra récupérer que 12 mégawatts sur les 75 dégagés, souligne Marie-Paule Direur. Donc dans le meilleur des cas, ce ne sera qu’une petite partie de la chaleur, uniquement en automne et en hiver, avec toujours le risque d’avoir des ilots de chaleur au printemps et en été.»

Risques de conflits d’usage sur l’électricité et champs électromagnétiques

Selon Segro, son datacenter du Bourget consommera environ 526 gigawattheures (GWh) par an. «À titre de comparaison, la consommation énergétique totale de la commune en 2019 a été de 236 GWh », met en perspective la MRAe. Soit 2,5 fois plus. «Si on manque d’électricité demain, qui sera prioritaire pour la consommation d’énergie?», s’interroge Jean-Marie Baty, du MNLE93, qui craint des conflits d’usage.

L’alimentation se fera par deux lignes électriques de 225000 volts, et le datacenter sera équipé d’une sous-station électrique, en plus de celle de RTE. Autant d’équipements qui génèrent des champs électromagnétiques aux effets peu documentés, note la MRAe. Surtout que dans un rayon de 3 kilomètres, se trouve également le datacenter de Dugny et celui de la Courneuve. Créant un cumul des rayonnements dont les effets n’ont pas été anticipés. L’Autorité environnementale recommande donc au préfet de prévoir des dispositions particulières protectrices des populations fragiles. L’Ile-de-France concentre 160 centres de données répartis sur 109 sites, dont 36 en Seine-Saint-Denis, selon l’Institut Paris Région.



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