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Scaphandrier, un métier méconnu (mais spectaculaire) du nucléaire

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Lu il y a 6 minutes



Les scaphandriers d’Onet Technologies assurent une centaine d’interventions par an en milieu nucléaire. L’Usine Nouvelle a pu les suivre lors d’une simulation.

La combinaison et les accessoires pèsent une cinquantaine de kilos. Pour l’enfiler, le plongeur s’appuie sur un équipier qui ajuste chaque élément. Formé à l’Institut national de plongée professionnelle (INPP), à Marseille, et chargé de travaux chez Onet Technologies depuis six ans, après huit ans en free-lance, Julien Pillard a revêtu son scaphandre. Il est dans son monde.

Onet Technologies emploie 3000 collaborateurs dans l’ingénierie et les services à l’industrie nucléaire. Dotée de nombreux savoir-faire, cette entreprise se distingue notamment par son équipe de neuf scaphandriers. Fin septembre à Marseille, ils ont procédé à une simulation d’intervention dans un bassin de la Comex, une société spécialisée dans l’ingénierie et le monde sous-marin. La pression y est moins intense qu’en conditions réelles d’exercice. «Dans une centrale, la piscine est contaminée par les radiations du réacteur», rappelle Rémi Douzou, 30 ans, chargé d’affaires. Lui-même est ingénieur des Arts et Métiers d’Aix-en-Provence. Depuis trois ans chez Onet Technologies, ce passionné de plongée a commencé sa carrière comme scaphandrier des travaux publics dans la baie de Toulon (Var). «J’ai fait quelques chantiers avant de m’orienter vers le nucléaire, d’abord chez un concurrent. Onet recherchait un profil d’ingénieur pour assurer de la supervision en milieu nucléaire. C’est un métier de niche, physiquement challengeant, dans un secteur très spécifique. Les clients sont rarement deux fois identiques.»

L’ingénieur est missionné ce jour-là pour encadrer les opérations, mais il est aussi apte à plonger pour toute inspection, montage ou déblocage de pièces, contrôle non destructif, soudure d’étanchéité, assainissement de l’eau… «Par rapport à des scaphandriers des travaux publics qui travaillent en profondeur dans des ports, dans des fleuves, en visibilité réduite, avec de la houle, un encombrement réduit, nous plongeons à 12 ou 19 mètres dans des eaux cristallines, à des températures pouvant aller de 25 à 40°C. L’exposition à l’hyperthermie est la principale pénibilité de ce métier. Le reste, on apprend à le gérer !»

Sous surveillance absolue

Son casque clampé, le plongeur reçoit une arrivée constante d’air, en surpression par rapport au milieu ambiant. «C’est une parade face au risque de contamination», détaille Rémi Douzou. Une soupape l’aide à maîtriser sa flottabilité. Le harnais permet d’accrocher ses outils et les lests qui le maintiendront en immersion. Enfin, une panoplie de sondes va indiquer le niveau de radiation environnant. «Le référentiel d’exposition hyperbare implique de limiter chaque plongée à trois heures par jour et par plongeur. Mais si l’ambiance thermique dépasse 30°C, ce temps tombe à une heure et demie.»

Chaque fois qu’un client sollicite Onet Technologies pour résoudre une problématique, une équipe de cinq personnes est mobilisée : le plongeur et son assistant, le surveillant de la plongée ainsi qu’un plongeur de secours et son assistant.

Le groupe, au chiffre d’affaires de 300 millions d’euros, réalise en France et à l’international une centaine d’opérations par an (centrales de production, centres de recherche, de stockage de déchets…). Il faut compter une semaine pour déployer une mission en France, inventorier ses contraintes techniques, la sécuriser en amont et agir sur site. Mais des urgences peuvent réduire ce délai. «Nous n’avons quasiment pas de concurrent dans ce domaine. Donc, on s’adapte !», poursuit l’ingénieur. Un chantier se traite habituellement en une plongée, mais au début de l’année, l’équipe a plongé sur un site quotidiennement durant deux mois.

La démarche alourdie par son scaphandre, Julien Pillard descend dans la piscine. Rémi Douzou s’installe face à ses écrans pour l’observer et lui délivrer ses instructions. «Il n’existe pas de formation de scaphandrier pour le nucléaire, seulement pour les travaux publics. On peut donc recruter ces diplômés puis les former en interne. Il faut six mois avant qu’un plongeur soit autonome pour le nucléaire. Certains sont ici depuis trente-cinq ans, on a les plongeurs les plus expérimentés au monde», souligne Rémi Douzou. Le surveillant décortique les mesures radiologiques qui remontent des sondes positionnées sur le scaphandrier. Il scrute chacun de ses mouvements, lui indique si la zone est saine ou s’il doit s’éloigner d’un niveau de radiation élevé. Julien Pillard procède avec minutie pendant le montage et démontage de pièce. Lorsqu’il sort du bassin, seul son assistant l’approche. Le moment est critique. «En milieu contrôlé, sa mission accomplie, on ne peut ni manger, ni boire, ni aller aux toilettes. C’est pourtant la première chose qu’on a envie de faire. Il faut s’assurer qu’on n’est pas contaminé. L’irradiation est un danger présent mais invisible», explique Rémi Douzou.

La combinaison est rincée à l’eau déminéralisée, décontaminée avec des lingettes… L’équipier réalise des frottis sur différents points, transmis à un agent de radioprotection qui autorisera «l’extraction» du plongeur de sa tenue, la menace levée. La pression se relâche. «Par l’excitation qu’il procure, ce métier est à la croisée de tous mes centres d’intérêt : la technologie, l’industrie et l’hyperbarie», conclut Rémi Douzou.

Vous lisez un article de L’Usine Nouvelle 3748 – Novembre 2025

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