
Le câblier italien Prysmian s’allie à Fincantieri pour renforcer sa présence dans les télécommunications sous-marines avec le rachat de Xtera, annoncé lundi 29 décembre.
Le groupe italien Prysmian, premier fabricant mondial de câbles, a annoncé le 29 décembre la création d’une coentreprise avec le constructeur naval Fincantieri en vue du rachat de Xtera, spécialiste des systèmes de télécommunications sous-marins.
Xtera sera acquise par une joint-venture détenue à 80% par Prysmian et à 20% par Fincantieri, pour une valeur d’entreprise de 65 millions de dollars, soit environ 55 millions d’euros. La finalisation de la transaction est attendue au premier trimestre 2026, sous réserve des autorisations réglementaires.
Basée à Londres et présente au Royaume-Uni et au Texas, Xtera emploie environ 60 personnes et réalise un chiffre d’affaires d’environ 130 millions d’euros. L’entreprise est engagée sur plusieurs projets de systèmes de câbles télécoms sous-marins régionaux et longue distance, notamment entre l’Amérique du Nord, l’Amérique centrale et les Caraïbes, où elle intervient comme intégrateur «clé en main».
Avec cette acquisition, Prysmian entend se positionner comme un acteur mondial intégré des télécommunications sous-marines, en complément de son leadership historique dans les câbles d’énergie. «Grâce à l’acquisition de Xtera, nous avons réalisé un bond significatif dans les télécommunications sous-marines, où la croissance s’accélère sous l’effet de l’adoption de l’IA», souligne Raul Gil, directeur de la division Transmission de Prysmian, dans un communiqué. «En tant que leader du marché des câbles sous-marins pour l’énergie, nous serons désormais compétitifs dans la fourniture de connexions télécoms régionales et longue distance à l’échelle mondiale.»
Un «guichet unique» pour les télécoms sous-marines
La coentreprise ambitionne de devenir un «guichet unique» pour les solutions complètes de télécommunications sous-marines. Prysmian apportera ses capacités industrielles – production de câbles, flotte de navires câbliers, solutions de monitoring acoustique et thermique – tandis que Fincantieri contribuera par son expertise dans l’intégration de systèmes sous-marins avancés. Les deux partenaires prévoient notamment le développement de nouveaux services axés sur la sécurité, incluant des navires de garde et des drones sous-marins.
Cette opération intervient dans un contexte de forte croissance du marché des câbles télécoms sous-marins, tirée par l’essor de l’intelligence artificielle, des datacenters et des hyperscalers, qui nécessitent des connexions à très haut débit entre continents. Les câbles sous-marins sont par ailleurs devenus des infrastructures stratégiques, au cœur des enjeux de souveraineté numérique et de sécurité.
Pour Fincantieri, l’accord s’inscrit dans une vision industrielle de long terme. «Cette opération marque une étape importante dans la mise en œuvre de notre vision industrielle, qui positionne le secteur sous-marin comme l’un des piliers stratégiques du groupe», explique son directeur général, Pierroberto Folgiero, dans le même communiqué. «Dans un monde où les infrastructures sous-marines sont de plus en plus vitales, Fincantieri entend être un leader et une référence dans le développement de solutions intégrées et durables.»
Sur le plan concurrentiel, le rapprochement renforce la position de Prysmian face à Alcatel Submarine Networks, leader historique du secteur, désormais contrôlé par l’État français après son rachat fin 2024 à Nokia. L’acquisition de Xtera s’inscrit plus largement dans la stratégie de croissance externe de Prysmian. En mars 2025, le groupe italien a annoncé le rachat de l’américain Channell pour 950 millions de dollars afin de renforcer sa présence dans les connecteurs et systèmes de gestion de câbles pour la fibre optique et les data centers aux États-Unis. Un an plus tôt, Prysmian avait déjà frappé fort avec l’acquisition d’Encore Wire pour près de 3,9 milliards d’euros.
Parallèlement, le groupe continue d’investir massivement en Europe, notamment en France, où il dispose de neuf sites industriels et a engagé plus de 130 millions d’euros d’investissements sur la période 2020-2026.


