
Le tribunal des affaires économiques de Lyon a accordé le 16 décembre un nouveau sursis jusqu’au 4 février 2026 à la holding de tête du groupe ACI avec la vente de trois de ses filiales. Les autres entités espèrent aussi trouver des offres de reprise.
Philippe Rivière, le président du groupe ACI, gagne encore du temps. Le tribunal des affaires économiques de Lyon a accordé, le 16 décembre, un nouveau sursis jusqu’au 4 février 2026 pour la holding de tête du groupe industriel de près de 1400 salariés. Constitué par rachats successifs de TPE et PME de la sous-traitance industrielle à un rythme échevelé, le groupe avait été placé en redressement judiciaire fin septembre.
Lors d’une précédente audience le 25 novembre, le tribunal avait déjà accordé un premier report jusqu’au 9 décembre, avant de repousser l’échéance au 16 décembre. Ce pourrait être le dernier. «Le délai a été jugé nécessaire pour permettre de céder le maximum de filiales et sécuriser des cessions dans des conditions convenables», pointe une source.
Trois filiales cédées
Principal actionnaire avec 53% du capital, Philippe Rivière n’a, pour l’instant, pas réussi à réunir les fonds nécessaires pour financer la période d’observation du groupe qui dispose d’une quarantaine de filiales dont certaines dans des secteurs industriels stratégiques, pour le nucléaire ou la défense. Le tribunal a validé la cession de plusieurs entités afin de renflouer les comptes de la holding. Pour poursuivre l’activité, l’industriel devait trouver près de 1,5 million d’euros. Outre la cession de TCEM, une des filiales du groupe ACI toujours profitables, spécialisée dans la maintenance pour le nucléaire au Havre (Seine-Maritime), deux autres entités ont été cédées : SDML à Vitrolles (Bouche-du-Rhône) qui opère dans le matériel de levage et Roche Mecatech dans la Loire, toutes les deux en redressement judiciaire. Repris par l’entreprise de la Haute-Loire Les Ateliers agiles, Roche Mecatech devrait conserver 29 de ses 38 salariés.
«On est content de sortir du giron du groupe ACI, malgré le coût social. Sur le plan industriel, le repreneur est sur une activité similaire à la nôtre et a déjà des lettres d’engagement pour des commandes futures», se félicite Samy Tabti, délégué syndical CGT de Roche Mecatech.
Selon nos informations, de nombreuses filiales ont reçu des marques d’intérêt… Les déboires de la holding ont déjà poussé près de la moitié des filiales en redressement judiciaire. Alors que les difficultés pour le groupe ACI se sont précipitées depuis septembre – avec la défection du fonds singapourien Fortuna et une enquête ouverte pour malversations envers Philippe Rivière, les syndicats ont perdu confiance dans leur dirigeant.
Les autres filiales espèrent rebondir hors du groupe. «Ce serait peut-être mieux pour nous de ne plus être liés à ACI. Ils ne nous ont apporté ni financements, ni clients», estime William Olivo, secrétaire du syndicat Force ouvrière dans la fonderie Hachette et Driout, la plus grande filiale du groupe ACI avec 258 salariés à Saint-Dizier (Haute-Marne).
Hachette et Driout espère un repreneur
Le site qui produit des pièces en acier moulé a été repris en février 2025 par le groupe ACI contre un chèque de 200000 euros après un premier redressement judiciaire en décembre 2024. Il a été à nouveau placé en redressement judiciaire par le tribunal des affaires économiques de Lyon le 9 décembre, comme près de la moitié des entités du groupe ACI, avec une période d’observation jusqu’au 4 février. «Si on perd du temps à tenter de sauver tout le groupe, on risque de perdre les fonderies dont Hachette et Driout. C’est une des belles fonderies d’Europe, mais elle a besoin d’un vrai industriel», souligne Quentin Brière, le maire divers droite de Saint-Dizier, qui a plaidé pour une cession des fonderies du reste du groupe auprès du cabinet du ministre de l’Industrie.
La fonderie Hachette et Driout, qui produit pour le fabricant d’engins de construction Liebherr, le secteur du ferroviaire et de façon marginale la défense, est un fournisseur-clé pour EDF. Elle fournit les corps de vannes du système de refroidissement des crayons de combustible, de grosses pièces de robinetterie intégrées notamment dans les centrales nucléaires d’Hinkley Point ou de Sizewell.
«Nos clients continuent à nous soutenir. Nous ne manquons pas de clients, mais nous manquons de matières premières. Nous n’avons pas assez d’acier, pas assez de sable ni de résine pour produire. Certains salariés manquaient aussi de gants de protection», raconte William Olivo. Les trois ateliers de moulage et l’atelier de fusion ont été arrêtés pendant cinq semaines début octobre avec la mise en place d’un dispositif d’activité partielle de longue durée (APLD) rebond.
Les synergies promises par ACI n’ont pas été au rendez-vous, ni les financements. Selon le CSE, la promesse du groupe d’injecter 1,3 million d’euros dans Hachette et Driout en cas de nouvelles difficultés de trésorerie ne s’est pas concrétisée. « Au lieu de cela, environ 100000 euros remontaient tous les mois vers la holding », pointe William Olivo.
L’entreprise, qui réalisait autour de 24 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, a déjà reçu des marques d’intérêt. «Pour bien redémarrer l’usine, il faudrait 5 millions d’euros d’investissements. L’usine connaît des problèmes d’organisation et de qualité. Mais nos machines sont encore performantes, nous disposons d’un accélérateur de particules pour radiographier les pièces», détaille le syndicaliste. Le groupe métallurgique britannique Paralloy, qui a déjà racheté la fonderie Manoir Industries de Pîtres (Eure), l’autre site français capable de fournir le nucléaire, regarderait à nouveau le dossier selon plusieurs sources. L’an dernier, il avait déjà étudié le dépôt d’une offre, comme le fonds d’investissement allemand Navigator group, avant de se désister avant la fin de la procédure. EDF suit aussi de près le dossier, alors que Hachette et Driout cherche à se positionner sur le programme de nouveau nucléaire.


