
Michelin dévoilera en début d’année prochaine le site industriel qui abritera la production d’une nouvelle molécule biosourcée, dans le cadre de son programme DragonFly. C’est une voie biotech a été privilégiée pour fabriquer cette substance qui s’adressera au domaine des colles thermodurcissables plus respectueuses de l’environnement.
D’ici à la fin janvier, ou début février, le groupe Michelin, via sa filiale dédiée Michelin ResiCare, révèlera le site industriel français qui abritera un nouveau démonstrateur pour la production d’une molécule biosourcée, non dévoilée, utilisée dans la fabrication de résines non toxiques pour la fabrication de colles thermodurcissables plus respectueuses de l’environnement. Ceci après un scale up réussi chez ARD (Plateforme de Bazancourt-Pomacle) qui a déjà produit les premières tonnes de la molécule dans ses fermenteurs. La future installation réutilisera des équipements existants et affichera une capacité de 400 tonnes par an. Elle s’inscrit dans le cadre d’un programme baptisé DragonFly, entamé en janvier 2025, et représentant un investissement de 44,7 millions d’euros, dont 19,7 M€ issus de subventions et d’avances remboursables, financés dans le cadre de France 2030 avec le soutien de l’Ademe. Le projet court sur soixante mois et vise un « déploiement industriel » d’ici à 2029.
Prolongation de BioImpulse
En réalité, DragonFly prolonge directement l’expérience de BioImpulse, qui a déjà vu émerger en parallèle le programme Cerisea, avec le projet de construction d’une unité de démonstration de 5-HMF sur la plateforme de Roussillon (Isère). Une molécule plateforme qui peut également substituer des composés nocifs présents dans les colles pétrosourcées. Mais si la synthèse de 5-HMF utilise une voie chimique, DragonFly emprunte une voie d’accès biotechnologique, avec l’ambition d’utiliser un substrat non alimentaire (2G). D’où la présence, parmi les partenaires, d’acteurs de référence tels que le TBI, CRITT BIO et CRITT GPTE (INSA et Toulouse INP) ou le TWB (INRAE, INSA, CNRS). « Ces acteurs contribueront à l’identification et à l’optimisation des voies de production innovantes », souligne Michelin ResiCare. Une collaboration qui renforcera encore l’aura du biocluster toulousain !
Un procédé fermentaire
Parmi les attendus de ce programme DargonFly, il y aura : le développement d’une nouvelle souche dotée d’un métabolisme renforcé et d’enzymes optimisées ; la mise au point de procédés de fermentation innovants fondés sur des substrats non alimentaires (2G) ; une purification optimisée pour maximiser le rendement d’extraction ; et un procédé globalement performant sur le plan environnemental, intégrant valorisation des co-produits, recyclage de l’eau et efficacité énergétique. Michelin évoque une réduction de 60 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport à un équivalent de molécule pétrosourcée. Cette fois-ci, le géant du pneu restera propriétaire du procédé. Une fois validé, c’est lui qui assurera a priori la production de la molécule ou utilisera les services de façonniers. Ceci à la différence d’un autre programme, BioButterfly où l’industriel espère que d’autres prendront le relais pour un déploiement à plus grande échelle du procédé, lui assurant un approvisionnement sécurisé et compétitif en molécules biosourcées.
BioButterfly au stade de la commercialisation
Et c’est justement le stade que vient d’atteindre BioButterfly, en ce début de mois de décembre. Mené en collaboration avec l’IFPEN et Axens, ce procédé de fabrication de butadiène biosourcé a été validé industriellement, notamment par sa capacité à synthétiser des caoutchoucs BR et SBR répondant aux spécifications de l’industrie du pneumatique. Dès l’an prochain, Axens pourra donc entamer la commercialisation de licences.
Ces succès remportés par Michelin, mis en regard avec les échecs de start-up telles que Metabolic Explorer ou Global Bioenergies, donnent à penser que la marche à franchir pour viabiliser un procédé biotech innovant est si haute que les chances de réussites sont plus grandes lorsque l’on a toute la force de frappe d’un géant industriel. En témoigne aussi, le groupe Avril qui trace sa voie dans le biosourcé avec Oleon, Evertree et Eurolysine. Cela ne signifie pas pour autant qu’un petit acteur n’aurait pas toutes ses chances de succès, pour peu qu’il sache tirer les leçons des échecs du passé.


