Le groupe Poujoulat mise sur des combustibles plus secs pour accompagner l’essor du marché du bois énergie, tiré par les ventes d’appareils de chauffage de dernière génération. En Haute-Saône, son site Bois Factory 70, spécialisé dans la bûche et bois d’allumage est présenté comme le plus grand et le plus moderne d’Europe. L’Usine Nouvelle vous fait visiter.
Une cigogne survole le canal qui borde le site industriel de 10 hectares implanté à Demangevelle, 261 habitants, en Haute-Saône. Sur la route qui mène au vaste entrepôt, une odeur de tanin émise par un bois en cours de séchage flotte dans l’air. A quelques mètres, une dizaine de journalistes s’engouffrent dans l’atelier de bûches densifiées. Ils sont précédés par Alexis Klein-Rhein, le directeur de Bois Factory 70 (BF 70), usine du groupe Poujoulat qui a invité la presse début novembre.
A l’intérieur, deux «boudins» de 10 cm de diamètre s’étalent parallèlement sur une trentaine de mètres de long, séparés par des palettes de marchandises. D’ici quelques minutes, le produit qui concentre copeaux et sciure de bois sera scié en bûches de 30 cm, rassemblées en lots, filmées ou ensachées par des cobots dans de grands sacs en papier.
Laurent rousselle Une activité énergie qui s’enflamme
Avec 160 000 stères de bois et 10 000 tonnes de connexes (sciure, écorce et plaquette) transformés l’an dernier, BF 70 est le plus important des neuf sites dédiés à la production de bois de chauffage du groupe Poujoulat. L’entreprise, plus connue pour ses équipements (conduits de cheminée, cheminées industrielles…), le présente même comme le plus grand d’Europe, seul à concentrer la production de bûches, bûches densifiés et bois d’allumage au même endroit.
Inauguré en 2021, après un investissement de 28 millions d’euros, il accompagne l’essor de la vente de biocombustibles assurée par sa filiale Euro Energies. «Notre chiffre d’affaires a doublé en cinq ans», indique Alexandre Portier, directeur général de l’entité qui regroupe les marques Crepito et Woodstock. De 82 millions d’euros en 2021, le chiffre d’affaires de la filiale a atteint les 149 millions d’euros en 2025, environ 43% du chiffre d’affaires total du groupe (349 millions d’euros). Des revenus qui intègrent aussi la vente de granulés issus de son réseau de 11 scieries partenaires. «On devrait atteindre les 50-50 dans les prochaines années», estime Frédéric Coirier, le PDG du groupe Poujoulat, à propos de la répartition future des revenus.
Laurent Rousselle Rendement maximal et particules fines en baisse
Récoltées dans un rayon de 50 km, les grumes qui parsèment le parc proviennent de hêtres, de charmes, de frênes et de chênes, majoritairement certifiées PEFC. Écorcées et fendues en différentes sections à l’aide de puissantes machines, les bûches sont ensuite stockées dans de grands casiers métalliques avant de passer successivement par trois séchoirs alimentés par une chaudière biomasse de 5,5 MW. D’une durée de cinq jours, l’opération permettra aux bois d’atteindre un taux d’hygrométrie inférieur à 20%. Une caractéristique recommandée par l’Ademe et les fabricants d’équipements de chauffage pour, à la fois, maximiser le rendement des combustibles et limiter les émissions de particules.
«Le secteur résidentiel, majoritairement le chauffage domestique au bois, contribue pour 18% aux concentrations de PM2,5 (particules fines de diamètre inférieur à 2.5 μm NDR) mesurées dans l’air ambiant», informe le Centre Interprofessionnel Technique d’Études de la Pollution Atmosphérique (CITEPA). Un chiffre en baisse constante depuis une vingtaine d’années, lié d’une part à la disparition progressive des foyers ouverts et des anciens poêles et, d’autre part, à la généralisation des modèles performants à double combustion.
Laurent Rousselle La bûche, championne des combustibles au bois
Compétitif par rapport aux autres énergies, le bois présentait, fin 2024, «un prix au kWh 80% plus faible que celui de l’électricité, 65% plus faible que celui du gaz naturel et 60% plus faible que celui du fioul domestique», indique l’Ademe dans un avis d’octobre 2025. Un argument économique, toujours d’actualité, qui incite de plus en plus de Français à s’équiper. Frédéric Coirier projette que 10,5 millions de ces poêles, inserts et autres chaudières seront installés dans l’Hexagone en 2035, contre 8 millions actuellement. «La qualité des équipements va tirer le marché du combustible vers le haut», assure le dirigeant, qui espère séduire les utilisateurs des grandes agglomérations avec ses bois secs, pourtant 20 à 30% plus chers que ceux issus des circuits courts.
Les perspectives du marché sont là. Déjà parce que la bûche domine largement la consommation des combustibles au bois, loin devant les granulés (91% vs 9% sur la saison de chauffe 2022-2023, selon l’Ademe) mais aussi car seulement 27% des buches consommées par les ménages proviennent des circuits professionnels alimentés par Euro Energies et consorts ; le reste étant issu des circuits courts (propriétaires forestiers, agriculteurs, particuliers), de l’auto-approvisionnement et de l’affouage. «On représente 1,5% de la production nationale», précise le dirigeant, qui anticipe une baisse de la quantité de bois sous l’effet conjoint d’équipements labellisés «flamme verte» à double combustion et de bâtiments mieux isolés.
Poujoulat Montée en charge
Situé à proximité de zones boisées, le site de BF 70 et ses 60 employés fabriquent un tiers des combustibles fabriqués par le groupe Poujoulat. 700 stères y sont transformés chaque jour. Un volume qui devrait croître encore. «On est sur des enjeux d’investissement et d’accroissement capacitaire», indique Frédéric Coirier qui veut poursuivre le développement des sites existants et n’exclut pas l’ouverture de nouveaux. Présenté comme prototype, BF 70 fait office de modèle. Optimisé par rapport aux autres installations, le site intègre un séchoir en continu plutôt que des modèles traditionnels, plus énergivores. Il améliore aussi les flux et le stockage de produits semi-finis avec un stock tampon.
Laurent Rousselle Ce bâtiment circulaire, divisé en huit alvéoles identiques, est la pièce maitresse du site. «Chaque cellule accueille jusqu’à 2300 m³ de bois», indique Alexis Klein-Rhein alors qu’une bûche chute de plus de 10 mètres de haut. Le remplissage est effectué par un système de convoyage aérien à 360° qui distribue les différents produits (bûche de 25, 30, 40 cm, bois d’allumage…) dans les sections souhaitées. «Si on avait choisi des cellules rectangulaires, on aurait cumulé des centaines de mètres de tapis», indique Sébastien Guillet, responsable ingénierie industrielle de Poujoulat. Le bâtiment rond est aussi avantageux au moment de déplacer les produits jusqu’aux trémies situées à proximité de l’atelier de conditionnement. «On gagne du temps», ajoute le responsable.
«Rempli, le bâtiment accueille un mois de production», précise Alexis Klein-Rhein devant une cellule encore bien vide. Après une intensification des livraisons depuis juin, le site reconstitue ses stocks. Une temporalité qui pourrait évoluer à cause du réchauffement climatique, mais qui ne décourage pas Alexandre Portier. «On veut dépoussiérer le marché du bois énergie, assure le dirigeant d’Euro Energies. Ce qui nous motive, c’est que le consommateur accède à un produit de qualité, propre et standardisé, tout au long de l’année.»


